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Critiques Théâtre et Danse

Penthésilé.e.s mise en scène Laetitia Guédon

Penthésilé·e·s - Amazonomachie, Laëtitia Guédon, 2021 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
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Penthésilé.e.s Amazonomachie, mise en scène par Laëtitia Guédon, à travers la figure mythique de la reine guerrière, interroge la question de la puissance du féminin ici et maintenant. La jeune Lorry Hardel porte le texte engagé et lyrique de Marie Dilasser avec force et lumière.

« Un oratorio manifeste »

La figure guerrière de Penthésilée traverse la mythologie et la littérature. La reine des Amazones est fille d’Arès. Après la mort d’Hector, tué et humilié par Achille, elle rejoint les Troyens, accompagnée de sa troupe de fières amazones. Sa vaillance et son ardeur enflamment le coeur meurtri de Priam. Sa lance redoutable décime les Grecs. Mais, au cours d’un terrible combat singulier avec Achille, la belliqueuse Penthésilée s’effondre. Lorsque le héros grec se penche vers son corps encore palpitant, il regrette jusqu’au fond du coeur de l’avoir immolée, tant sa taille et sa beauté étaient semblables à celles des déesses. Ainsi, sa mort est-elle décrite par Quintus de Smyrne, poète grec, qui prolonge le récit de Homère.

Le dramaturge allemand, Heinrich von Kleist, au XIXe siècle réinvente l’issue du combat. Penthésilée, bien qu’amoureuse du héros grec, l’assassine et le dévore. « Couchée parmi les chiens déchaînés, celle qu’un ventre humain engendra, elle déchire les membres d’Achille, elle les déchire en lambeaux !  » . Avant de se suicider ensuite. Laëtitia Guédon dit avoir été longtemps « traversée par la pièce de Kleist et par ce personnage féminin, combattant et héroïque, que l’on connaît peu. » Le texte est une commande à l’autrice Marie Dilasser qui en a fait un « oratorio manifeste« , un texte de combat, engagé, lyrique. Comme un livret d’opéra, il ouvre, à la voix, aux mots, aux chants, des espaces dont s’emparent les acteurs. 

Le féminin ici et maintenant

Le titre choisi par Laëtitia Guédon, Penthésilé.e.s Amazonomachie, est marqué par le pluriel et le combat. Le suffixe grec « machie » est associé aux Amazones, ce peuple de femmes qui ont éradiqué le masculin de leur civilisation. Penthesilée n’est pas seulement une figure mythologique. Elle devient dans le texte de Marie Dilasser, une femme guerrière qui cherche à construire son destin et qui interroge sa relation au masculin et au monde.

La première partie de la pièce, un peu longue cependant, s’inscrit dans un passé mythique. C’est sur un sanctuaire que s’ouvre le spectacle. Dans la pénombre, éclairée à la lueur mouvante de bougies, drapée par le parfum entêtant des encens, Penthélisée s’avance, royale. Comme une antique pythie, campée sur un socle carré, elle apostrophe l’esprit d’Achille. Les réponses s’inscrivent en direct sur l’écran de fond de scène. Lorry Hardel, majestueuse, impressionnante, incarne cette reine redoutable.

Marie-Pascal Dubé, dont les chants de gorge prennent « le relais des mots quand ils n’ont plus suffisamment de poids », double sa présence. Bientôt, Seydou Boro, danseur burkinabé, nouvelle incarnation de Penthésilée, au carrefour de l’homme, de la femme et de l’animal, vient s’adjoindre à cette dualité première. Pour Laëtitia Guédon, il s’agit « d’offrir au spectateur non pas un regard frontal mais oblique, où on irait puiser dans ce qu’on a envie de prendre ». 

La seconde partie laisse une large place aux chants. Quatre comédiennes, Sonia Bonny, Juliette Boudet, Myriam Jarmache, Lucile Pouthier, aux voix d’anges, interprètent des chants sacrés. Ce quatuor de femmes vient soutenir sur le plateau la proclamation poétique que porte avec force Lorry Hardel. Texte et voix interrogent la question de la puissance du féminin ici et maintenant. Un « nous » s’incarne sur scène et dans le texte. Un appel, sans doute, à faire vivre et grandir le peuple renouvelé des Amazones.


Penthésilé.e.s Amazonomachie

Festival d’Avignon 75e édition

Avec Seydou Boro, Marie-Pascale Dubé, Lorry HardelSonia BonnyJuliette BoudetMyriam JarmacheLucile Pouthier (choeur)

Texte Marie Dilasser
Conception et mise en scène Laëtitia Guédon
Musique et son Jérôme CastelGrégoire LetouvetNikola Takov
Lumière Léa Maris
Scénographie Charles Chauvet
Vidéo Benoît Lahoz
Costumes Charles ChauvetCharlotte Coffinet


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