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Aberration chorégraphie Emmanuel Eggermont

Emmanuel Eggermont dans Aberration (c) Jihyé Jung
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Le solo du danseur et chorégraphe Emmanuel Eggermont, Aberration, présenté au Carreau du Temple, hypnotise. Sur scène se dessinent les contours d’un monde blanc, onirique et cruel, peuplé de créatures qui paraissent n’appartenir qu’à la même âme tourmentée. 

La fragile marche de Psyché

Le spectacle s’ouvre sur du sonore. Une note tenue pendant quelques minutes. Durée qui permet au regard d’appréhender le décor et de traquer, sur le plateau, les objets en attente de manipulation. Deux grands stores blancs, de biais, paraissent se répondre. L’un fermé, l’autre, aux lattes ajourées, laisse passer une diagonale de lumière.

Lorsque le store du fond s’entrouvre, une silhouette blanche apparaît. Comme en apesanteur, la forme évoque celle d’un corps, presque celui d’un insecte, immobile, recroquevillé, prisonnier d’une toile invisible. Echappé de sa gangue mortifère, la marche du danseur reste difficile. Par un léger déhanché, il avance sur la pulsation de la musique, traçant dans l’espace à l’aide de ses bras, une géométrie de lignes et de brisures.

Quel est cet enfant, ce jeune homme, qui parait se battre contre ses démons intérieurs ? Tout habillé de blanc, il arpente un univers immaculé, dont il parait, sans cesse, essayer de prendre la mesure. Aberration de penser parvenir à maîtriser ce qui tourmente. La chorégraphie d’Emmanuel Eggermont traduit la fragile et douloureuse marche d’une psyché en mouvement.

La force de l’évocation

Le chemin, dessiné par Emmanuel Eggermont, fascine. Le corps rentre en résonance avec la musique entêtante et envoutante de Julien Lepreux, avec les belles lumières d’Alice Dussart, comme avec les éléments qui constituent matériellement le décor. Aux ouvertures des stores répondent des échappées mentales qui laissent apparaître des figures oniriques ou cruelles.

Au fil de sa marche tenue, le danseur quitte ses habits et se métamorphose. Chaque geste, lentement exécuté, le propulse vers une profondeur toute intérieure où il paraît chercher l’image qui le constituerait vraiment. Qui suis-je ? semble-t-il dire.

L’un après l’autre, les accessoires ( plastique, élastique, farine,  cornette, tissus ) construisent des identités que la danse nourrit. Enfant encapuchonné, héros statufié, coureur de fond, gladiateur intergalactique, moine hiératique, danseur sur « pointes » , toutes ces figures jalonnent cette quête d’identité, se chevauchent et questionnent les attendus de la virilité.


Intense, poétique et puissamment maîtrisé, le solo Aberration conçu et interprété par Emmanuel Eggermont construit un univers psychique envoutant. L’âme s’y livre avec retenue et force, auréolée d’une blancheur qui n’a rien d’angélique. La nouvelle création d’Emmanuel Eggermont « All over nymphéas » sera présentée du 8 au 13 juillet 2022 dans le cadre de la 76e édition du Festival d’Avignon. ♥♥♥♥♡


Aberration

 

Au Carreau du temple

Concept, chorégraphie et interprétation
Emmanuel Eggermont
Collaboration artistique et photographie
Jihyé Jung
Musique originale
Julien Lepreux
Création lumière
Alice Dussart
Consultante artistique
Élise Vandewalle

Cie l’Anthracite


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