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Critique Jours de joie

A l'Odéon-Théâtre de l'Europe, Stéphane Braunschweig met à nouveau en scène un texte du dramaturge norvégien, Arne Lygre : "Jours de joie"

Virginie Colemyn et Cécile Coustillac dans Jours de joie, mise en scène Stéphane Braunschweig © Simon Gosselin
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A l’Odéon, Stéphane Braunschweig met à nouveau en scène un texte du dramaturge norvégien, Arne Lygre. Dans Jours de joie, le jeu fantasque et incarné de la comédienne Virginie Colemyn enchante. 

Je dis : « que la joie soit »

Près d’un cimetière, coule une rivière. Un habitant avec l’aide de son frère y a transporté un banc. Depuis, certains ont pris l’habitude de s’y arrêter. « Ici » , des personnages vont se retrouver. De parfaits inconnus mais qui, peut-être, justement parce qu’ils ne se connaissent pas, vont se confier les uns aux autres.

Une mère retrouve sa fille qui vivait à l’étranger. Elle attend le frère jumeau de celle-ci. Un couple en instance de séparation livre la genèse de la rupture des deux conjoints. Une femme, accompagnée de ses deux beaux-fils, évoque le mari qui vient de mourir et qui souhaitait être enterré près du cours d’eau. Le calme incite à la confession et à l’écoute. « Maintenant, nous devons juste être heureux » , disent-ils. Comme une injonction au bonheur. L’arrivée du frère jumeau brise ce moment suspendu. Il veut disparaître. Partir et devenir un autre « moi » .

Jours de joie, la pièce de Arne Lygre est bâtie en deux mouvements. L’automne rapproche huit personnalités à l’extérieur. L’hiver en réunit huit autres à l’intérieur. Qu’ils se connaissent ou non, les personnages se désignent par le lien familial ou social qui les unit aux autres :  « le veuf  » ,  « la mère » , « l’orphelin de père » , « la voisine » … Comme dans Nous, pour un moment, magnifiquement montée en 2019 par Stéphane Braunschweig, les êtres sur scène réaffirment leur présence en se désignant. Et  précisent l’intention qui les anime : « L’autre moi dit  » , « La sœur pense » . L’énoncé quasi performatif fortifie la parole qu’on adresse à l’autre. Comme si un doute subsistait sur le fait qu’elle ait un poids ou qu’elle soit entendue.

En revanche, contrairement à ceux de Nous, pour un moment, les personnages de Jours de joie semblent être mus par une aspiration au bonheur. Être heureux, dire qu’on partage un moment de joie, se répètent à l’envi et semble être un commandement rassurant auquel il faudrait obéir.

Une belle scénographie

Stéphane Braunschweig assure une nouvelle fois la scénographie de la pièce qu’il monte. Deux ambiances pour deux mouvements. Le spectacle s’ouvre sur un champ de feuilles rougies et jaunies par l’automne. Le tapis feuillu apporte une matérialité sonore à chaque déplacement, une sorte d’épaisseur de vie, où le temps qui ralentit la marche, opère. Les murs noirs au lointain et sur les côtés sont à nu. Au centre, trône un long banc. Comme embarqués sur le bateau métaphorique du bonheur recherché, sept des huit personnages peuvent s’y  asseoir en même temps. Le fils, qui a décidé de disparaître et de devenir autre, finit par s’y poser, seul. Déjà étranger à la communauté « heureuse »  qui voulait l’absorber.

Dans un deuxième temps, l’espace se rétrécit. L’intérieur d’un appartement, en avant scène, est délimité par un mur, percé d’une porte et d’une large fenêtre. Avant que la nuit n’arrive, des flocons de neige tombent et font exister un extérieur difficile. Des personnages se retrouvent chez « l’autre moi » , David, l’ancien compagnon de celui qui a disparu volontairement. Entre le large canapé ou les chaises qui sont disposées autour de la table, les déplacements sont plus rares. Chacun semble prisonnier d’une obligation à évoquer les raisons du bonheur à être ensemble.

On regrette cependant que ce deuxième mouvement manque encore de rythme. Le lissage des émotions paraît alourdir l’avancée de la situation. On accueille avec d’autant plus de joie l’arrivée de « l’autre mère »  incarnée à nouveau par Virginie Colemyn. Celle-ci bouleverse l’entre-soi ouaté et le décor. Le mur disparaît laissant le champ libre à l’espace et à l’inattendu. Formidable, la comédienne apporte fantaisie, profondeur et sensibilité aux mères qu’elle interprète. A deux reprises, elle chante à capella « Bad romance » de Lady Gaga, apportant chaque fois ce qu’il faut de légèreté teintée d’irrévérence.


En ouverture de la saison à l’Odéon, avec Jours de joie, Stéphane Braunschweig fait entendre les accents adoucis de l’écriture d’Arne Lygre. ♥♥♥♡♡


Jours de joie

d’Arne Lygre
mise en scène et scénographie Stéphane Braunschweig
création à l’Odéon      16 septembre – 14 octobre

avec Virginie Colemyn, Cécile Coustillac, Alexandre Pallu, Pierric Plathier, Lamya Regragui Muzio, Chloé Réjon, Grégoire Tachnakian, Jean-Philippe Vidal

traduction française Stéphane Braunschweig, Astrid Schenka
collaboration artistique Anne-Françoise Benhamou
collaboration à la scénographie Alexandre de Dardel
costumes Thibault Vancraenenbroeck
lumière Marion Hewlett
son Xavier Jacquot
assistante à la mise en scène Clémentine Vignais

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