Vienne 1913, les prémiSSes du pire

mise en scène Jean-Luc Paliès

Vienne 1913, les PrémiSSes du pire, mise en scène de Jean-Luc Paliès, photo (c) Xavier Cantat
360

Vienne 1913

APRÈS LA REPRÉSENTATION... LES INTERVIEWS DE M LA SCÈNE

Au Théâtre des Gémeaux, Jean-Luc Paliès propose une nouvelle version de la pièce d’Alain Didier-Weill. Vienne 1913, les prémiSSes du pire éclaire avec justesse le moment où l’antisémitisme larvaire aristocratique, populaire ou catholique se développe dans la ville autrichienne. Un antisémitisme dont Hitler fera la synthèse quelques années plus tard dans Mein Kampf, brûlot nauséabond qui annonçait la Shoah.

La construction des fanatismes

A l’aube de la Première Guerre Mondiale, Vienne est un carrefour de cultures. Des psychanalystes Sigmund Freud, Carl Gustav Jung côtoient des artistes comme le peintre Gustav Klimt. Dans les salons aristocratiques, on parle d’art mais aussi de politique et de religion. La pièce d’Alain Didier-Weill, Vienne 1913, les prémiSSes du pire, adaptée par  Louise Doutreligne, commence en 1909. Hitler a vingt ans. Cet étudiant « banal » est taraudé par la frustration. Il vient d’échouer à l’entrée de la prestigieuse École des Beaux-arts de Vienne. Deux trajectoires s’écrivent en parallèle. Celle du fanatique et celle d’un jeune aristocrate. L’un se nourrit de ressentiment et de haine, l’autre cherche, auprès de Freud, des réponses à sa phobie antisémite.

​Sur le plateau, neuf comédiens interprètent dix-sept personnages. Jean-Luc Paliès interprète Freud. A Oscar Clark revient la lourde tâche d’incarner Hitler sans verser dans la caricature. Défi qu’il relève haut la main. William Mesguish incarne le jeune et digne aristocrate Hugo Von Klast. Quant à Alain Guillo, ( prêtre, extrémiste haineux, gardien débonnaire de parc…),  il est excellent dans chacun des nombreux personnages qu’il interprète.

Vienne 1913, un « concert théâtral »

Sous la direction de deux personnages – voix didascaliques et didascalyriques – les tableaux s’enchaînent avec vivacité. La scénographie inventive de Lucas Jimenez parvient à faire coexister plusieurs espaces : cabinet de Freud, salon des Von Klast, parc dans Vienne, cabaret, train de l’Histoire en marche… Dans un crépuscule que le violet souvent habille, des néons lumineux tranchent. Leurs lignes redoutables deviennent la métaphore de la menace qui plane sur Vienne et du danger déjà présent.

Surplombant le plateau, Catherine Brisset, la musicienne cristalliste, face à une rangée de verres, accompagne en direct les chants lyriques et devient partenaire intégrante de l’action. Les sonorités vibrantes d’un Cristal Baschet et d’un glassharmonica étonnent et confèrent à ce « Concert théâtral » , quelque chose d’unique. Jusqu’à l’image finale, le verre, fragile, cassable, hante la pièce. Préfiguration symbolique d’un monde qui va se briser et conduire aux macabres pogroms antisémites de la Nuit de Cristal.


Vienne 1913, les prémiSSes du pire, par une mise en scène parfaitement maîtrisée et très adressée, évite tout traitement manichéen. Avec intelligence, la représentation sollicite le spectateur pour éveiller sa légitime vigilance. ♥♥♥♡♡


 

Vienne 1913, les prémiSSes du pire

du 7 au 30 juillet – Relâches 12, 19, 26 juillet

à 10h13

GÉMEAUX (THÉÂTRE DES)

Auteurs : Alain Didier-Weill, Adaptation : Louise Doutreligne

Mise en scène : Jean-Luc Paliès

  • Interprète(s) : Estelle Andrea, William Mesguish, Magali Paliès, ou Sophie Leleu, Oscar Clark, Nathalie Lucas, Alain Guillo, Claudine Fiévet, J-L Paliès, Catherine Brisset (Musiques)
  • Scénographie : Lucas Jimenez
  • Costumes : Madeleine Nys
  • Cie Influenscènes

Vous souhaitez lire une autre critique de M La Scène sur un spectacle du #OFF 22 ? Celle-ci pourrait vous intéresser : Critique « Quand toute la ville est sur le trottoir d’en face »  mise en scène Catherine Vasseur.

S'abonner à notre newsletter
Leave a comment