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La logique du pire Étienne Lepage et Frédérick Gravel

Logique du pire ©Denis Farley
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LM M La Logique du pire d’Etienne Lepage et Frédérick Gravel

L’Attraction du pire

Etienne Lepage et Frédérick Glavel sont des artistes canadiens. Le travail qu’ils proposent au Théâtre de la Bastille se situe dans un entre-deux où le corps sur scène est sollicité dans une précision théâtrale chorégraphiée. La parole est sans cesse mise sous tension par la gestuelle. Parallèlement, le geste, économe, tenu, densifie ce qui est dit. Le « solo » de Marilyn Perreault en est l’exemple le plus frappant. Sa tirade sur la cruauté est susurrée dans une évidence glacée tandis que son index inscrit sur son corps et dans l’espace un itinéraire qui fascine. Son doigt devient l’acteur majeur – jeu de mots assumé- de l’instant. Son emprise minimaliste décuple le pouvoir des mots. 

Le spectacle est conçu comme une série de monologues ou d’échanges décalés. Ce sont des tranches de vie adressées sans filtres à un autre qui serait tout intérieur. La parole, en train de se dire, semble être une entreprise réflexive en train de se faire. Les cinq comédiens ( Alex Bergeron, Yannick Chapdelaine, Gabrielle Côté, Renaud Lacelle-Bourdon, Marilyn Perreault), chacun à leur tour, parfois en duo, interrogent l’absurdité d’une situation vécue et teste face public le rapport à l’excès. Penchés au bord du gouffre, ils paraissent livrer sous nos yeux le désarroi que procure l’attraction « du pire. »

La logique du pire Lepage mlascene
La logique du pire @Denis Farley

La logique du rire

Mais de ce déséquilibre entre exagération du propos et gestuelle minimaliste naît une dynamique qui souvent provoque le rire. L’aveu honteux est exprimé avec distance comme s’il était examiné et disséqué pour en comprendre la logique souterraine. Un homme raconte le moment où il se masturbe, encore et encore. Il le fait, le refait et décrit de manière chirurgicale l’évolution de son membre et de son gland qui ne sont plus bientôt que des choses sanguinolentes, des lambeaux de chair purulentes. D’une voix détachée, il ausculte la lente décrépitude de son sexe, provoquant le dégoût et le rire. 

Le travail d’Etienne Lepage et Frédérick Gravel séduit par son originalité et par sa volonté d’explorer corporellement le combat que peuvent se livrer des êtres qui cherchent une logique dans le quotidien de ce qu’ils vivent ou ont vécu, en souhaitant en éprouver les limites, fussent-elles douloureuses et ridicules.

A découvrir.

http://www.theatre-bastille.com/

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