Les Émigrés, mise en scène Imer Kutllovci

Critique M La Scène : L M Beaucoup

Les Émigrés de Sławomir Mrożek Mise en scène : Imer Kutllovci © Pascal Gely
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Soutenue par deux formidables comédiens, Mirza Halilovic et Grigori Manoukov, la pièce Les Émigrés, mise en scène par Imer Kutllovci, aux Déchargeurs, touche par sa profonde humanité.

LES INTERVIEWS DE M LA SCÈNE ``À l'ISSUE DU SPECTACLE``

Un huis-clos intense

Les Émigrés, la pièce du dramaturge dissident polonais Slawomir Mrozek, lui-même exilé, a été écrite au début des années 70. Roger Blin la créa en France avec l’immense Laurent Terzieff et Gérard Darrieu. Celle-ci raconte un face à face entre deux hommes, un soir de réveillon de la nouvelle année. Émigrés d’un pays de l’Est, ils partagent un taudis, une cave sans fenêtre et vivent dans un pays dont on ignore le nom. Ces deux hommes n’ont pas d’identité. On comprend juste que tout les oppose. A part l’exil. L’un est un travailleur manuel, l’autre un intellectuel. L’un est un émigré économique, l’autre un émigré politique.

Le huis-clos est intense, drôle et touchant. La mise en scène d’Imer Kutllovci privilégie à la fois la simplicité et l’épaisseur du jeu. Sur le plateau, en fond de scène, deux lits tête-bêche disent la proximité mais aussi l’antagonisme des deux personnages. Les quelques objets et accessoires usés, récupérés, traduisent l’extrême dénuement de deux hommes mais également la richesse de leur ingéniosité. Au plus proche des spectateurs, la clarté des déplacements donne à voir la profonde humanité du jeu des comédiens. 

Deux comédiens formidables

Mirza Halilovic et Grigori Manoukov interprètent ces deux esseulés que le déracinement rapproche, et donnent corps, chair et âme à leur personnage. Forts de leur formation artistique, l’école Stanislavski, qui met en scène « des êtres vivants, pas les idées, pas les fonctions » comme l’indique Grigori Manoukov, les deux comédiens parviennent à être liés, dans l’instant, par la même épaisseur de vérité. 

« Il ne s’agit pas d’exprimer uniquement la vie extérieure du personnage. Il faut encore y adapter ses propres qualités humaines, y verser toute son âme. Le but fondamental de notre art est de créer la vie profonde d’un être humain et de l’exprimer sous une forme artistique », écrivait Constantin Stanislavski dans La Formation de l’acteur. Effectivement, Mirza Halilovic et Grigori Manoukov donnent l’impression d’être pris par leur rôle. Leur corps, comme guidé par une intuition qui leur aurait échappé, devient celui du personnage, le fait exister avec une densité étonnante.

Les Émigrés, mis en scène par Imer Kutllovci, est à voir. Pour le metteur en scène kosovar, il s’agit de montrer l’homme avant l’étranger. « Ma mission est de faire disparaître le mot « émigrés » et les clichés qui l’accompagnent au fur et à mesure de la pièce. » La vérité du jeu des comédiens le réalise. 

LES DÉCHARGEURS 
3 au 28 septembre, mardi au samedi à 19h

Texte Slawomir Mrozek édité à l’Arche Editeur
Traduction Gabriel Meretik
Mise en scène Imer Kutllovci assisté de Ridvan Mjaku
Avec Mirza Halilovic, Grigori Manoukov
Production RB|D Productions en accord avec la Compagnie de l’Etoile
En partenariat avec Télérama sorties & l’Institut Polonais de Paris

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