Frères mise en scène Cie Les Maladroits

Critique M La Scène : L M Énormément

Valentin Pasgrimaud et Arno Wögenbauer dans Frères ©Damien Bossis
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Frères, de la Compagnie Les Maladroits, ouvre avec délice la saison au Mouffetard. Sucre de canne, sucre blanc, café serré, sont au programme de ce spectacle, haut en saveurs, qui fait revivre sur une table en formica, la guerre d’Espagne, l’espoir, l’exil et la mémoire qui ne veut se dissoudre.

LES INTERVIEWS DE M LA SCÈNE : ENTRETIEN AVEC VALENTIN PASGRIMAUD ET ARNO WÖGENBAUER

Passeurs de mémoire

Tout commence dans une cuisine un peu datée où trônent un buffet désuet et une table en formica. Deux frères rangent et mettent en carton les affaires de leurs grands-parents que l’on imagine décédés. De leur histoire familiale, ils connaissent peu de choses. Alors, avec les quelques objets qui meublent la cuisine, les petits fils vont jouer à réécrire, à recréer, la vie de leur grand-père, républicain espagnol, survivant du franquisme, expatrié en France. Par la force de l’imagination, par la vigueur du souffle de la jeunesse, cette troisième génération issue de l’exil, morceau après morceau, va essayer de combler les trous laissés dans la mémoire familiale. 

L’enquête s’amorce sur le réel. Angel Miran était le grand-père d’Arno Wögenbauer. C’est à partir des archives familiales, et notamment de l’unique chapitre des mémoires de son grand-père et du plan que celui-ci avait élaboré, que le projet artistique s’est monté. Des interviews, des recherches, des lectures ont complété les « trous » du tissu mémoriel. L’acte théâtral a achevé le processus de réappropriation d’une mémoire oubliée. 

No passaran !

Le choix artistique du collectif « Les Maladroits » est le théâtre d’objets. L’objet établit une distance avec la réalité, il devient métaphore et nourrit l’imagination. Pour raconter la Guerre d’Espagne, l’engagement des Républicains, les combats avec les Franquistes, la torture, les exécutions, la passage des Pyrénées et les camps de concentration français qui « accueilleront » les réfugiés espagnols, le collectif met en scène un objet- matière, le sucre. Déclinée sous toutes ses formes, en morceaux, en poudre, maniée, cassée, saupoudrée, projetée, la matière donne vie aux événements que traverse le grand-père réinventé.

Pour le spectateur, les codes sont clairs. Le sucre de canne, aux contours irréguliers, définit le camp républicain tandis que le sucre blanc, rectiligne, évoque celui des fascistes. Des objets puisés dans le buffet de la cuisine, bibelots kitsch, cafetière, moulin à café, saupoudreur, cuillères, interviennent dans le flux du récit. Jusqu’à la tasse de café finale qui devient la figure matérielle de la France. Se pose alors la question, oh combien actuelle, de l’intégration ou de la possible dissolution du corps de l’étranger dans le noir liquide

Le titre du spectacle de la Cie Les Maladroits est donc à entendre au sens fort. Frères de sang, frères de combat, frères de mémoire. Haut en saveurs, profondément ludique et inventif, Frères est une pépite à déguster sans modération. Premier volet d’une trilogie à venir, Frères donne envie de découvrir Camarades qui débute cette semaine au Mouffetard.


Au Mouffetard Théâtre des Arts et de la marionnette
FRÈRES
COMPAGNIE LES MALADROITS

Texte de Benjamin Ducasse, Eric de Sarria, Valentin Pasgrimaud et Arno Wögerbauer
Idée originale : Valentin Pasgrimaud et Arno Wögerbauer
Conception et écriture collective : Benjamin Ducasse, Eric de Sarria, Valentin Pasgrimaud et Arno Wögerbauer
Mise en scène : Eric de Sarria
Assistant à la mise en scène : Benjamin Ducasse
Création sonore : Yann Antigny
Création lumières et régie : Jessica Hemme

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