La Vie de Galilée mise en scène Eric RUF

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La Vie de Galilée avec la troupe de la Comédie-Française @Vincent Pontet
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Eric Ruf propose à la Comédie-française une version picturale de La Vie de Galilée de Bertolt Brecht placée sous le signe de la lumière.

Sous la clarté bleutée des étoiles

La Vie de Galilée, qui met en scène l’existence du célèbre astronome et mathématicien italien, n’a cessé d’être questionnée par Brecht. Retravaillée, trois fois remaniée par le dramaturge allemand, la pièce parle d’exil, de création, de compromission et de renoncement. Brecht, pourchassé par les nazis, interrogé par la commission maccarthyste, puis, surveillé en RDA, dès son installation en 1949, pensait-il que la figure de Galilée ne lui était pas étrangère ? Sûrement. 

De 1609 et 1642, la pièce suit Galilée, en quête de reconnaissance financière, de Padoue à la cour des Médicis, les puissants mécènes de Florence. Puis, à Rome, où l’astronome, défenseur de la théorie copernicienne, traqué par le Saint-Office et menacé de torture par l’Inquisition, abjure ses anciennes erreurs. Le savant finit ses jours sous la surveillance de l’église en parvenant, cependant, à écrire en cachette un texte décisif pour les sciences physiques, les Discorsi.

À la Comédie-française, Eric Ruf propose une version picturale de La Vie de Galilée de Brecht placée sous le signe de la lumière. Metteur en scène et scénographe, son choix se porte sur l’éclairage poétique du doute qui traverse la pièce. 

Cosmos et divin

Galilée, par l’observation du cosmos, met en doute l’existence de Dieu. A travers la lunette optique qu’il a améliorée, la Lune, Vénus, Saturne et ses satellites, livrent une vérité qui détruit celle du plafond céleste défendue par le Saint-Office. Le mouvement des planètes démontre que la Terre et la créature de Dieu qui l’habite ne sont plus au centre du monde.

Pour illustrer cette oscillation du savoir, Eric Ruf a fait peindre par les ateliers de la Comédie-Française, de grandes toiles qui reprennent et grossissent des détails des grands peintres du Quattrocento, comme Fra Angelico ou Raphaël. Toiles magnifiques, imposantes, où le divin s’exprime par l’art et où le détail choisi suggère le doute en question sur scène. 

« Regarder les choses en étranger »

Illustrant ce qu’écrivait Brecht dans Petit organon pour le théâtre, Eric Ruf « cultive cette manière de regarder les choses en étranger ». « Pour que toutes ces prétendues données puissent devenir autant d’objets de doute, il faudrait cultiver cette manière de regarder les choses en étranger, comme le grand Galilée considérant les oscillations d’un lustre. Galilée était stupéfait de ces balancements, comme s’il ne s’y attendait pas et n’y comprenait rien, c’est de cette façon qu’il découvrit ensuite leurs lois ».

Par un jeu subtil d’éclairage, nous sommes, nous aussi, amenés à décentrer notre regard. Les lumières lunaires imaginées par Bertand Couderc nimbent le plateau d’une clarté céleste et, comme une constellation nouvelle à découvrir, le lustre de la Comédie-Française devient un champ d’étoiles. Un moment profondément enivrant.

Invitation à suivre le chemin de la raison et de l’observation, La Vie de Galilée mise en scène par Eric Ruf, se termine sur une scène de genre éclairée à la bougie tandis que le noir s’empare du plateau. Mais cette nuit n’est pas celle de l’obscurité. « Elle est claire ». Placée sous la clarté bleutée des étoiles et du savoir.


La Vie de Galilée à La Comédie Française

Mise en scène et scénographie : Éric Ruf
Traduction : Éloi Recoing
Costumes : Christian Lacroix
Lumière : Bertrand Couderc
Musique originale : Vincent Leterme
Son : Colombine Jacquemont
Travail chorégraphique : Glysleïn Lefever
Collaboration artistique : Léonidas Strapatsakis

Avec : Véronique Vella, Thierry Hancisse, Alain Lenglet, Florence Viala
Jérôme Pouly, Guillaume Gallienne ou Serge Bagdassarian, Hervé Pierre, Bakary Sangaré, Pierre Louis-Calixte, Gilles David , Jérémy Lopez
Nâzim Boudjenah, Julien Frison, Jean Chevalier, Élise Lhomeau
Birane Ba, et les académiciens de la Comédie-Française

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