RENTRÉE THÉÂTRALE 2026
Le théâtre en questions.
Septembre n’est pas seulement le mois où les théâtres rouvrent leurs portes. C’est le moment où chacun affiche ses ambitions, dévoile ses nouveaux visages et tente de donner le ton d’une saison entière, avec les moyens qui lui sont octroyés. N'oublions pas les terribles restrictions financières qui mettent en danger la création et la survie des théâtres. Rappelons la pétition lancée , cet été, par le SYNDEAC « Culture partout. 1% obligatoire », devant les coupes budgétaires qui fragilisent le spectacle vivant.
Cependant, derrière les titres prestigieux, les distributions brillantes et les grands noms, une question mérite d’être posée : qu’est-ce que cette rentrée dit réellement du théâtre d’aujourd’hui ?
M La Scène ne souhaite pas reproduire les brochures de saison. Nous avons choisi de regarder cette rentrée avec un autre prisme : les paris artistiques, les prises de risque, les obsessions du moment, les confrontations entre théâtre populaire et création contemporaine, entre grands textes et écritures nouvelles et de les mettre en question.
Premier volet : Les théâtres publics. Deuxième volet : Les théâtres privés.
Voici donc notre carte de rentrée - subjective, critique et forcément incomplète.
I. LES THÉÂTRES PUBLICS
Là où se joue une certaine idée du théâtre
Chaillot - Théâtre national de la Danse
Rosas danst Rosas
Anne Teresa De Keersmaeker / Rosas
10 - 17 septembre
Pour commencer la saison, Chaillot choisit un monument de la danse contemporaine. Créé en 1983, Rosas danst Rosas est devenu une œuvre matricielle, immédiatement reconnaissable par ses gestes répétitifs, sa pulsation et son rapport hypnotique au mouvement. La reprise est accompagnée de MULTICAST - Rosas danst Rosas, les 19 et 20 septembre.
L’angle M la Scène :
Plutôt que de présenter cette reprise comme un « classique de la danse », il faudra poser une question plus stimulante : qu’est-ce qu’une œuvre de 1983 nous dit-elle encore du corps féminin, de la répétition et de la liberté aujourd’hui ?
Comédie-Française / Athénée Théâtre Louis-Jouvet
Les Bonnes
Jean Genet - mise en scène Carme Portaceli
17 septembre - 25 octobre
La Maison de Molière, encore en travaux, fait sa rentrée hors de ses murs habituels, à l’Athénée, avec Les Bonnes. Le choix est tout sauf anodin : Genet, des rapports de domination et un théâtre de la cruauté pour lancer la saison de la Comédie-française. Une rentrée placée sous le signe de la transgression, avec une œuvre qui continue de faire vaciller les frontières entre jeu, identité et pouvoir.
Le Legs
Marivaux - mise en scène Aurélien Hamard-Padis
24 septembre - 8 novembre
La Musica deuxième
Marguerite Duras - mise en scène Arnaud Desplechin
à partir du 30 septembre
Un événement : Duras rencontrée par Arnaud Desplechin, dans un face-à-face entre cinéma et théâtre autour d’un couple qui se retrouve après son divorce.
L’angle de M la Scène :
La Comédie-Française peut-elle encore être un lieu de prise de risque ? Question purement rhétorique au vu des choix qui illustrent cette rentrée. Et que produit la rencontre entre une troupe patrimoniale et des artistes venus d’autres territoires artistiques ?
La Colline - Théâtre national
Redemption Song
Léonora Miano
18 septembre –-11 octobre
C’est l’un des vrais rendez-vous de cette rentrée.
Léonora Miano signe ici son premier spectacle comme autrice et metteuse en scène. Elle imagine un couple du XXIIe siècle, Fara et Francis, dont la relation devient l’allégorie des rapports entre l’Afrique et la France. Colonialisme, domination, identités et possibilité d’une réconciliation traversent le spectacle.
Mais le plus intéressant est peut-être ailleurs : Miano choisit la forme du cabaret, faisant entrer musique, chant et corps dans une réflexion historique et politique.
Orso et moi
Géraldine Martineau - mise en scène Justine Heynemann
23 septembre - 17 octobre
Une maternité qui commence par un accident et une peur absolue : la naissance d’un enfant qui frôle la mort. Le spectacle suit ensuite les cinq premières années de cette relation mère-enfant, sans chercher à fabriquer une maternité idéale.
L’angle de M la Scène :
La nouvelle direction de La Colline veut-elle faire du théâtre contemporain un lieu où le politique revient par l’intime ? Redemption Song et Orso et moi offrent deux réponses très différentes à cette question.
MC93 - Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Bobigny
Les Aventures d’un soi hypothétique
Yara Bou Nassar
17 - 19 septembre
rien n’est su
Audrey Bonnet / Sabine Garrigues
23 septembre - 3 octobre
Story of…
Laila Soliman
24 - 27 septembre
À Bobigny, la rentrée ne cherche pas à rivaliser avec les grandes maisons parisiennes sur leur propre terrain. Elle affirme au contraire une autre géographie du théâtre : celle des langues, des mémoires, des récits venus d’ailleurs et des artistes qui déplacent les frontières habituelles de la scène.
L’angle de M la Scène :
Paris regarde-t-il encore suffisamment sa banlieue culturelle ? La MC93 permet de poser la question sans détour : le théâtre contemporain français est-il réellement devenu international, ou se contente-t-il encore d’importer quelques signatures étrangères prestigieuses ?
Odéon - Théâtre de l’Europe
Trilogia Cadela Força
Carolina Bianchi Y Cara de Cavalo
19 - 27 septembre
Dix heures de théâtre, trois volets, une traversée de l’histoire de l’art et de la violence : difficile de faire plus frontal pour une rentrée.
Le spectacle de Carolina Bianchi s'intéresse notamment aux violences faites aux femmes et aux liens entre représentation artistique, corps et violence. Le premier chapitre part de l'histoire de la performeuse Pippa Bacca.
L’angle de M la Scène :
Voilà le genre de spectacle qu’un média culturel indépendant doit accompagner autrement que par un « à voir absolument ». Dix heures de spectacle, une violence assumée : jusqu’où le spectateur accepte-t-il d’être mis à l’épreuve ? Et quand la provocation devient-elle une véritable nécessité artistique ?
Théâtre de la Bastille
Je meurs de ne pas mourir - Les deux vies de Thérèse
Aurélia Lüscher / Estelle Meyer
16 - 30 septembre
Thérèse d’Avila débarque dans un théâtre contemporain où se rencontrent mystique, féminisme, musique électronique et humour.
Le spectacle est suffisamment inattendu pour mériter autre chose qu’un résumé de programme.
L’angle de M la Scène :
Pourquoi le théâtre contemporain revient-il aujourd’hui avec autant d’insistance vers les saintes, les mystiques, les figures religieuses et les récits de croyance ? Et qu’arrive-t-il lorsque la spiritualité rencontre les codes de la scène underground ?
Théâtre de la Ville - Sarah Bernhardt
The Other Place, After Antigone
Alexander Zeldin
19 - 26 septembre
Deux sœurs, un père suicidé, une famille qui se déchire autour de ses cendres : Alexander Zeldin fait entrer Antigone dans une famille britannique contemporaine.
L’angle de M la Scène :
Pourquoi avons-nous encore besoin des tragédies grecques pour raconter nos familles contemporaines ? La question intéressante n’est pas de savoir si Zeldin « modernise » Sophocle, mais ce que le mythe permet encore de voir que le réalisme ne permet plus de montrer.
Théâtre Nanterre-Amandiers
L’hors-présence ou Chimères du pays de Morsan
Tiphaine Raffier
23 septembre - 10 octobre
Une fratrie confrontée à la maladie et à la mort : Tiphaine Raffier part d’une matière intime pour construire une œuvre qui interroge notre rapport à ceux qui souffrent et à ceux qui disparaissent. Le spectacle qui a le plus marqué et bouleversé M La Scène, lors de la 80ème édition du Festival d'Avignon.
Le Livre de K
Simon Falguières
30 septembre - 17 octobre
Un royaume, un tyran, des jumeaux, une résistance, Kafka, Akhmatova : Le Livre de K assume la démesure de la grande fable théâtrale.
L’angle de M la Scène :
Aux Amandiers, comment l'intime peut-il côtoyer la démesure pour parler du réel et faire acte politique ?
Théâtre Paris-Villette
SPOT #13
7 - 16 septembre
La rentrée prend ici la forme d’un festival de créations autour d’une notion : la quête.
Cinq propositions, cinq manières de chercher : la vérité, la mémoire, la justice, un disparu, un sens.
L’angle de M la Scène :
Le format festival est-il devenu la nouvelle manière de lancer une saison ? Et surtout : le théâtre jeune et émergent est-il en train de réinventer les formats que les grandes institutions ont parfois figés ?
Théâtre Public de Montreuil - CDN
Mahabharata, une histoire de la violence
Pauline Bayle
Voilà un spectacle qui mérite d'être observé avec attention : prendre l'une des plus grandes épopées de l'humanité pour en faire une réflexion sur la fabrication de la violence.
L’angle de M la Scène :
Après les Shakespeare-fleuves, les grandes fresques historiques et les récits mythologiques, pourquoi le théâtre contemporain revient-il autant vers les récits-mondes ?
Montreuil peut être un excellent observatoire de cette tendance : comment raconter le présent en passant par un récit vieux de plusieurs millénaires ?
Cette rentrée, nous avons donc décidé de placer la rentrée théâtrale sous l'angle du questionnement.
Que racontent leurs programmations de nos obsessions contemporaines ? Pourquoi les artistes reviennent-ils aux mythes, aux récits historiques, aux figures religieuses ? Pourquoi le théâtre politique passe-t-il de plus en plus par l'intime ? Pourquoi les grandes salles privées s'emparent-elles à leur tour de textes réputés difficiles ?
Cette saison, M La Scène suivra donc les promesses, les audaces, les réussites - et les éventuelles déceptions.
Nous n'avons pas vocation à applaudir avant le lever de rideau.