La compagnie Paradoxe(s), déjà remarquée avec Courgette, signe avec Zoom, une nouvelle chronique sociale portée par le jeu intense de Pamela Ravassard. Une mère est prête à tout pour offrir à son fils une vie aussi belle que dans les films hollywoodiens. Blessures et lumière se rejoignent pour ce seule en scène, captivant du début à la fin.
ZOOM : Tant qu’il y aura des mères
Il y a des spectacles qui s’imposent d’emblée par leur évidence. Zoom, présenté au Théâtre du Girasole, mis en scène et interprété par Pamela Ravassard, en fait partie. L’histoire est simple en apparence : celle d’une mère et de son amour démesuré pour son fils. Un sujet mille fois traité. Pourtant, la pièce le réinvente entièrement.
Tout commence dans une salle de classe, un soir de réunion parents-professeurs. Le professeur principal tarde. Une femme se lève. Personne ne l’attendait vraiment. Elle prend pourtant la parole, et convoque son passé, entre Sochaux et Sartrouville, entre chimères de cinéma et réalité sociale implacable. Elle, c’est « la mère du Burt », c’est ainsi qu’elle se définit. Le prénom de son fils, Burt, est un hommage à l’acteur Burt Lancaster. L’enfant a été conçu dans une salle de cinéma pendant que passait Tant qu’il y aura des hommes, de Fred Zinnemann. Pour la jeune fille, naïve, abusée et délaissée après, cette genèse amoureuse, à la lumière des stars hollywoodiennes, devient la promesse d’un destin tout tracé pour son fils. Burt, elle n’en doute pas, fera carrière dans le cinéma.
Pamela Ravassard, seule en scène, porte ce récit avec sensibilité et intensité. Comédienne et metteure en scène du spectacle, elle incarne cette mère courage franc-comtoise avec une palette impressionnante de nuances. Elle se montre tour à tour insupportable, attachante, délirante, redoutable, cocasse, vulnérable. Sa présence irradie chaque recoin du plateau. L’espace se découpe en territoires distincts, autant de strates de sa mémoire et de sa vie. Le spectateur la suit sans détour, happé par une empathie qui ne se dément pas.
Sous les paillettes, la fracture sociale
La scénographie (Hanna Sjödin) épurée et néanmoins riche de propositions, permet à l’imaginaire de se déployer aisément La salle de classe se transforme peu à peu en un espace mental indéfini, prison réelle ou intérieure, appartement, plateau de répétition ou de casting, salle de cinéma ou de bal, parloir d’hôpital psychiatrique. Le mur claustra du fond découpe chaque entrée de l’héroïne en gros plans, plans moyens, ou plans américains. Des musiques de films accompagnent cette épopée intime. Les thèmes de Stars Wars, ET, Rocky et d’autres, ponctuent joyeusement l’avancée du récit. La bande son devient un personnage à part entière. Elle sublime la vie de cette femme qui n’a connu que la précarité et soulignent la réalité de son rêve de gloire pour son”Burt” .
Derrière le récit exacerbé de cet amour hors-norme sont abordées des thématiques sociales. Le harcèlement scolaire, le poids des institutions, la culpabilité transmise d’une génération à l’autre. Celles-ci traversent le texte avec une grande finesse d’écriture, sans jamais verser dans le pathos. Gilles Granouillet interroge frontalement la transmission et l’atavisme familial. La réussite sociale y est questionnée dans toute sa complexité, tout comme la légitimité des parents à décider seuls du bonheur de leurs enfants.
Zoom se révèle finalement comme une odyssée de deux vies abîmées mais soudées par un amour indéfectible. La résilience y apparaît comme une force insoupçonnée, capable de surgir là où on ne l’attend pas. Le spectateur ressort de la salle traversé par la force de l’émotion.
Distribution
Pamela Ravassard – Mise en scène
Nathan Minière – Interprétation
Pamela Ravassard – Interprétation
Cyril Manetta – Création lumière
Hanna Sjödin – Scénographie
Frédéric Minière – Création son
Sören Bourgouin – Régie générale
Garlan Le Martelot – Création
Johan Nus – Chorégraphie
Pénélope Belzeaux – Communication
Stéphane Corbin – Chant
Sébastien Dallet – Administration
Emmanuelle Dandrel – Diffusion
Yannick Ducher – Régie
Gilles Granouillet – Texte
Garlan Le Martelot – Collaboration artistique
Cyril Manetta – Collaboration artistique
Jean-Philippe Rigaud – Presse
Jean-Philippe RIGAUD – Presse
Hanna Sjödin – Costumes
Compagnie Paradoxe(s)