Critique Le Tartuffe

Mise en scène Léo Cohen-Paperman

© Vahid Amanpour

Révélation du Festival d’Avignon en 2021, ce Molière mis en scène par Léo Cohen-Paperman revient, à La Scala Provence, porté par la troupe du Nouveau Théâtre Populaire. Le jeu y est roi, les corps exultent sur une simple piste de bois. Une comédie noire, aussi drôle que grinçante. Un classique rendu proche, intelligent et furieusement vivant.

Un Tartuffefurieusement vivant

Un couloir de planches de bois. Deux portes réduites à l’os, un dormant, un ouvrant, rien d’autre. Entre ces deux battants, tout un monde bascule. Le Nouveau Théâtre Populaire plante son Tartuffe à la Scala Provence. Le rire éclate, franc, immédiat.

Molière tenait sa machine de guerre contre l’imposture dévote. Orgon s’aveugle. Il offre sa fille, son héritage, sa maison à un homme dont la sainteté n’est qu’un masque. Léo Cohen-Paperman revendique l’ancrage dans le Grand Siècle : costumes d’époque, où le noir et le blanc dominent, visages fardés, alexandrins intacts, brandis sans détour. Le pari tient. La mise en scène alerte fonctionne et séduit dès la première scène.

L’écart entre cette langue ciselée et la gestuelle et les postures résolument modernes devient le vrai moteur du spectacle. Les comédiens empoignent le vers, le bousculent, s’y frottent avec gourmandise. Chaque syllabe vibre d’une énergie neuve, prolongée par l’énergie des corps en mouvement.

Tartuffe Nouveau Théâtre Populaire
© Vahid Amanpour

Sous l’œil de l’autre

Le  dispositif bi-frontal transforme la salle en piège à regards. Le public se fait face. Il emprisonne par sa présence les personnages. Il double la contrainte que subissent ceux menacés par le ridicule. Cette circulation des regards irrigue toute la pièce. Ainsi, Orgon est-il raillé pour son aveuglement sur l’hypocrite Tartuffe. De même, l’imposteur est-il jugé, avant même qu’il n’arrive, par les portraits à charge réalisés par Dorine, Cléante et Damis.

Au centre du plateau, une long couloir de bois concentre tous les déplacements et les regards. Deux portes grisées en marquent les extrémités. L’unique décor est constitué d’une table carrée sans ornement, surmontée d’une urne funéraire. Cette économie de moyens concentre l’énergie sur les corps, sur les voix, sur la friction entre les êtres dans cet espace restreint.

Dans ce Tartuffe, les portes claquent fort. Les entrées, les sorties, résonnent comme des coups de théâtre sonores. Tout peut arriver à tout moment. De ce fracas jaillit le rire, encore et encore. La scénographie fabrique la comédie autant que le jeu.

Le Tartuffe Molière
© Vahid Amanpour

Douze voix, un seul souffle

Douze comédiennes et comédiens du Nouveau Théâtre Populaire tiennent la scène d’un seul élan. Le collectif écrase l’ego, porte le texte à bout de bras, avec une fougue rare. Les dix-sept ans de compagnonnage artistique irriguent le jeu d’une complicité dynamique et réjouissante. Les scènes de groupe font mouche comme celles d’affrontement entre les individus.

Tartuffe surgit sous des traits inattendus, mais hilarants. Comme le veut la comédie et l’argument, quand le masque tombe le vrai danger n’en devient que plus effrayant. Sous le grotesque affiché se cache la perfidie, le fanatisme, la soif de pouvoir, la menace de tout extrémisme. Ce Tartuffe frappe juste pour notre plus grand plaisir. Le théâtre populaire retrouve ici toute sa force.

Le Tartuffe du Nouveau Théâtre Populaire séduit par la vivacité de son jeu et l’inventivité de la mise en scène.  Carton plein pour cette fable intemporelle sur l’hypocrisie, portée par une troupe qui redonne à Molière toute sa vigueur.

L’Avis de M la Scène :

MMMMM

Lire la critique du Tartuffe mis en scène par Ivo Van Hove, à la Comédie Française.

TitreLe Tartuffe
TexteMolière
Mise en scèneLéo Cohen-Paperman
Lieula Scala Provence
DatesDu 4 au 25 juillet 2026
Durée1h50
NoteMMMMM
Site officielVoir le spectacle
Distribution

MISE EN SCÈNE Léo Cohen-Paperman
SCÉNOGRAPHIE Anne-Sophie Grac
LUMIÈRES Thomas Chrétien
COSTUMES Zoé Lenglare et Manon Naudet
SON Lucas Lelièvre assisté de Baudouin Rencurel
ACCESSOIRES Pierre Lebon
MAQUILLAGE ET COIFFURES Pauline Bry-Martin
RÉGIE GÉNÉRALE Thomas Chrétien et Marco Benigno assistés de Thomas Mousseau-Fernandez
ADMINISTRATION ET PRODUCTION Lola Lucas assistée de Léonie Lenain et Hugo Réauté

DISTRIBUTION

Valentin Boraud : Flipote, Laurent
Pauline Bolcatto : Marianne
Julien Campani : Tartuffe
Philippe Canales : Cléante
Baptiste Chabauty : Damis
Emilien Diard-Detœuf : L’Exempt
Clovis Fouin : Loyal
Elsa Grzeszczak : Dorine
Lazare Herson-Macarel : Madame Pernelle
Antoine Philippot : Orgon
Loïc Riewer : Valère
Claire Sermonne : Elmire

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