D’après les mots de Marceline Loridan-Ivens, rescapée d’Auschwitz-Birkenau, ce quatrième volet des Héroïnes de la Métamorphose explore comment continuer à aimer après l’indicible. Mireille Roussel porte ce texte avec une liberté farouche, entre élan vital et humour mordant. Un spectacle bouleversant, où l’intime rejoint l’universel.
L’Amour après : Indomptable Marceline Loridan-Ivens
Le Festival Off Avignon offre chaque été son lot de redécouvertes. Cette année, une voix retrouve son souffle sur le plateau de Présence Pasteur. Celle de Marceline Loridan-Ivens, rescapée d’Auschwitz, résistante du désir, cinéaste, femme libre jusqu’au dernier souffle. Laure Werckmann signe avec L’Amour après un spectacle intense, adapté de l’ultime récit de cette figure hors norme.
Le pari était immense. Porter au plateau la parole d’une femme disparue récemment, dont l’histoire appartient encore à la mémoire vive de nombreux spectateurs, exigeait un doigté particulier. Laure Werckmann relève ce défi avec élégance. La metteure en scène, dès le début, convoque avant tout, par le théâtre, une présence.
Le texte, retravaillé, coupé, enrichi de fragments de témoignages, restitue toute la force d’une écriture qui refuse les détours. Marceline Loridan-Ivens y parle de son corps, de son désir, de sa sexualité, avec une franchise que peu osent encore aujourd’hui. Cette parole résonne comme un cadeau. Elle bouscule les représentations convenues de l’amour après la déportation, après l’âge, après la douleur.
Une actrice et une scénographie habitées
Mireille Roussel porte ce texte avec une justesse bouleversante. Elle fait exister Marceline Loridan-Ivens avec sensibilité et dignité. Chaque inflexion de voix ou geste, traverse les époques et les identités qui se superposent dans ce récit. La perruque ajustée devant le public, dès l’ouverture, scelle un pacte avec les spectateurs. Le théâtre s’apprête à faire revivre une morte, sans le miroir déformant et vulgaire de l’imitation.
Autour d’elle, l’espace conçu par Angéline Croissant fait preuve d’une intelligence formelle remarquable. Une table, fabriquée par le grand-père charpentier de la metteure en scène, devient tour à tour table de maquillage, table de cuisine, corbillard. Les chaises vides évoquent les disparus qui hantent la mémoire de Marceline. Les rails, envahis par le gazon, rappellent l’univers concentrationnaire tout en affirmant que la vie a repris ses droits. Ils évoquent également, le travelling avant, qui accompagne le récit de vie de celle qui fut aussi une cinéaste.
Les lumières de Philippe Berthomé enveloppent ce dispositif d’une poésie crépusculaire. Les guirlandes tamisées, les éclats d’une boule à facettes, composent un clair-obscur mélancolique et sensuel. Ce dénuement apparent cache une précision d’orfèvre. Laure Werckmann confirme ici sa signature artistique : faire puissant avec peu.
Une œuvre qui trace un héritage
Ce spectacle s’inscrit dans une œuvre plus large. Avec sa compagnie Les héroïnes de la métamorphose, Laure Werckmann poursuit depuis plusieurs années un même geste artistique. Faire exister des trajectoires de femmes que le théâtre a trop longtemps réduites à des destins tragiques. Après Nane Beauregard dans J’aime, Marion Bartoli dans Renaître, Nastassja Martin dans Croire aux fauves, Marceline Loridan-Ivens complète cette tétralogie avec une puissance singulière.
Le spectacle rappelle que les traumatismes se transmettent de génération en génération, que la Seconde Guerre mondiale, la Shoah, continuent de résonner dans les corps et les silences familiaux. Marceline Loridan-Ivens affirmait que les camps restent toujours présents, que cette mémoire demeure active. Laure Werckmann fait de cette conviction la matière même de sa mise en scène, faisant coexister les vivants et les fantômes sur le plateau, notamment à travers la série de chaises qui côtoient le plateau.
L’Amour après touche par sa générosité et par son refus de tout pathos. Le spectacle célèbre une femme qui a choisi d’aimer envers et contre tout, envers et contre l’histoire. Il offre au public un moment de théâtre exigeant et lumineux.
Dans l’Amour après, Laure Werckmann fait exister la figure flamboyante de Marceline Loridan-Ivens. Une rencontre bouleversante avec une femme, qui a fait de l’amour sa dernière résistance, s’impose comme une évidence. A voir Présence Pasteur
L’avis de M la Scène :
MMMMM
Voir l’entretien avec Laure Werckmann et découvrir toutes nos vidéos.
Distribution
Laure Werckmann – Mise en scène
Mireille Roussel – Interprétation
Yann Argenté – Régie
Benjamin Moreau assisté de Clémence Delille – Costumes
Adrien Berthet – Photographie
Philippe Berthomé – Lumière
Angéline Croissant – Scénographie
Cécile Kretschmar – Costumes
Elisa Lorea – Diffusion
Nicolas Lutz – Régie
Olivier Mellano – Musique
Maison Message – Presse
Alexandra Puillandre – Administration
Noémie Rosenblatt – Collaboration artistique
Cyrille Siffer – Direction technique
Compagnie Les Héroïnes de la métamorphose
