Critique Je n’ai pas lu Foucault – chefs d’œuvre en prison

Mise en scène Sophie Gubbri

Je n'ai pas lu Foucault Photo Xavier Cantat
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À l’Essaïon Théâtre, Je n’ai pas lu Foucault – chefs-d’œuvre en prison, mis en scène par Sophie Gubri, détourne avec une ironie mordante l’héritage foucaldien pour faire entendre, depuis l’ombre des cellules, une parole brute et intime. Nourri des ateliers d’écriture menés en détention par Céline Caussimon, le spectacle fait de la rencontre entre peinture et enfermement un laboratoire d’émotions, où regarder devient déjà une manière de s’évader.

Je n’ai pas lu Foucault : Regarder, écrire, s’évader ?

Le titre du spectacle, clin d’œil ironique à Surveiller et punir, convoque étrangement l’ombre tutélaire de Michel Foucault. L’essai du philosophe interrogeait les fondements mêmes de l’institution carcérale. Ici, c’est par le détour de l’art et de la parole brute que la réflexion s’incarne. Des détenu.e.s de Fleury-Mérogis ou de Meaux, dans le cadre de atelier d’écriture mené par Céline Caussimon, ont été confronté.e.s à des œuvres d’art.

Par leurs mots, la scène devient un espace de mise en tension entre regard esthétique et condition d’enfermement. Les couleurs de Georges de La Tour, Van Gogh, Basquiat, Cézanne, Rembrandt, Hopper, entrent en prison. L’humour discret du titre se prolonge ainsi dans une forme de décalage fécond. Là où Foucault disséquait les mécanismes du pouvoir, le spectacle en révèle les effets sensibles et intimes.

La mise en scène de Sophie Gubri se distingue par son efficacité sobre. Avec peu d’éléments, elle construit un dispositif immersif où projections visuelles et univers sonore accompagnent la comédienne sans jamais l’écraser. Cette économie de moyens sert le propos. Elle laisse toute sa place à la parole, à ces fragments d’humanité surgis derrière les murs. Une mise en abîme s’opère. Le public regarde une actrice qui regarde des détenus regardant des tableaux. Celle-ci installe un jeu de miroirs qui interroge notre propre position de spectateur.

Paysages intimes

Seule en scène, Céline Caussimon déploie une palette d’incarnations. Elle prête sa voix à ces hommes et femmes souvent éloignés de la culture, mais capables d’une acuité saisissante face aux œuvres. Même si Cézanne évoque pour l’un des détenus avant tout son quartier, un bloc d’immeubles gris, la confrontation avec l’une des oeuvres du peintre. est féconde.

Le spectacle trouve ses moments les plus forts dans ces instants où surgissent des images inattendues. Choisir une petite chose dans un paysage peut éclairer un parcours de vie. Une poule noire chez Gauguin devient ainsi symbole de liberté ou de solitude. Un détail insignifiant se transforme en un court récit poignant. La comédienne navigue avec aisance entre humour et émotion, donnant chair à ces figures anonymes sans jamais sombrer dans la caricature.

En filigrane, la question foucaldienne demeure : à quoi sert la prison ? Punir, réinsérer, contenir ? Le spectacle n’apporte pas de réponse tranchée, mais ouvre un espace de réflexion sensible et nécessaire. Pourtant, malgré la pertinence du propos et la qualité de l’interprétation, l’ensemble semble comme retenu en deçà de son propre potentiel. La progression dramatique peine parfois à s’intensifier, et la forme, maîtrisée, finit par apparaître un peu lisse. On aurait souhaité davantage d’aspérités, de ruptures, pour faire surgir une tension plus vive.

L’avis de M La Scène : MMMMM


Je n’ai pas lu Foucault- chefs d’œuvre en prison

Théâtre Essaïon

14 avril-2 mai

Le mardi à 19h

De Céline Caussimon

Avec Céline Caussimon

Mise en scène Sophie Gubri

Création sonore : Michel Winogradoff // Lumières : Camille Dugas
Création vidéo : Tristan Sebenne
Projet accompagné par l’ADAMI Déclencheur
Production : Compagnie Les Apicoles
Photos : Xavier Cantat


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