Après An Irish Story, Kelly Rivière poursuit avec humour et émotion son exploration autofictionnelle dans son nouveau spectacle, La Vie Rêvée. Seule en scène, elle incarne Kelly Ruisseau, son double fantasmé. Cette comédienne quadragénaire pétillante, ballottée entre rêves d’enfance et naufrages professionnels, s'y dévoile avec dérision. Dès les premières minutes, une danseuse en tutu salue sous les applaudissements. Ce qui ressemble à une fin marque en réalité le début d’un périple intime et mémoriel. Sur un fil, entre lucidité et tendresse, l'artiste retrace son parcours cabossé. Les auditions féroces, le théâtre d’entreprise, béquille alimentaire, se confrontent à un rêve trop grand pour les contraintes du réel.
Ce récit quasi initiatique au féminin se déploie dans une partition chorale, où Kelly Rivière incarne à elle seule, comme elle sait si bien le faire, une foule de personnages. Proches, mentors, figures aimées ou fantômes de l’enfance prennent vie par un geste ou une intonation. Apparaissent, entre autres, sa mère irlandaise acerbe, sa mamie méridionale aimante et désorientée, ou l'enfant fiévreuse rêvant de devenir cygne sous les projecteurs. Le théâtre devient un terrain d’expérimentation joyeuse et mélancolique, un lieu où dialoguent vivants et disparus. À travers cette virtuosité d’interprétation, Kelly Rivière questionne l'idée de réussite et celle de l'acceptation à certains renoncements.
Un écrin onirique
La scénographie, signée Estelle Gautier, agit comme un écrin onirique. Dans un cercle de plumes blanches et grises, le décor et les accessoires renvoient au monde de l'enfance et celui d'un rêve pailleté. Un tutu de tulle suspendu, une lampe sur pied vintage prisonnière d'une gigantesque toile d'araignée, un petit banc, un piano noir, prennent place devant un grand rideau léger parsemé d'éclats mordorés. La Vie rêvée s'empare du plateau. Dans un cercle ouaté, Kelly Rivière, court, joue, danse et chante. A la fin, La Pie voleuse de Rossini. métaphore du personnage, devient un symbole de liberté et de résistance. Kelly Ruisseau ne sera pas une étoile de l'Opéra, mais elle continue de voler, insolente et déterminée. Pour notre plus grande joie.
Avec ce second opus théâtral, Kelly Rivière creuse un sillon singulier, entre introspection et satire douce-amère. Elle transforme les échecs ordinaires en aventures burlesques, les humiliations en scènes de bravoure. Sans jamais sombrer dans le pathos ou l'aigreur, La Vie Rêvée conjugue rire et chagrin, désillusion et tendresse, et ne peut que toucher.
La Vie rêvée est spectacle sensible et drôle, porté par une comédienne au talent éclatant. Kelly Rivière touche juste, entre rires et émotion.
L'Avis de M La Scène :
MMMM (4/5)