L MM Festival Concordan(s)e #12 Entre nos jambes // En armes

En armes (c) delphine Micheli
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Festival Concordan(s)e #12 / Maison de la poésie

Entre nos jambes // En armes

Deux écrivains. Deux chorégraphes. Un duo de femmes. Un trio masculin. A la Maison de la Poésie, le Festival Concordan(s)e, donne le geste à ceux qui écrivent et la voix à ceux qui dansent. Sur le plateau, l’acte créatif se partage. La singularité s’efface. La rencontre se donne à voir.

Entre nos mains, Entre nos jambes

 

Concordanse 2018
Entre nos jambes (c) Delphine Micheli

Au plus près de l’intime, la romancière Carole Martinez ( Du domaine des murmures, Prix Goncourt des lycéens en 2011) et la chorégraphe Pascale Houbin ( Cie Non de Nom), mettent en scène deux sœurs qui parlent pour la première fois de leur plaisir. Une de leurs filles va se marier. Elles préparent le lit de l’épousée. Elles plient, déplient, entrent dans les draps et osent évoquer ce qu’elles ont « entre les jambes ». Désir, découverte, à tâtons, les mots se posent comme les gestes, délicats mais ordonnés, comme inexorables. De sœur à sœur, de mère à fille, pourquoi est-il si difficile d’évoquer le clitoris, ce petit bout de chair dont l’unique fonction est la jouissance féminine? Dans la connivence de l’instant, Carole Martinez et Pascale Houbin, brisent le silence par le dialogue des corps dans l’espace, par une parole économe et souvent facétieuse.

Le duo offre une belle complicité. Souvent drôle et inventif, le spectacle se clôt sur une scène hilarante. Agenouillées derrière une table, qui devient pupitre pour une exhortation, les deux artistes, le visage et le corps masqués par des manteaux enfilés à l’envers, comme des femmes en niqab, à grands renforts de mouvements bras ostentatoires, font l’apologie du clitoris et de l’orgasme féminin. Impudence salutaire. Si seulement.

En armes

En armes Sylvain Pattieu Yvann Alexandre
En Armes (c) Delphine Micheli

Round 2. Dans la seconde partie, l’historien et romancier Sylvain PattieuNous avons arpenté un chemin caillouteux, Plein Jour, 2017) et le chorégraphe Yvann Alexandre ( artiste dont la Cie travaille en résidence avec la Région des pays de Loire, les CCN, le Louvre, le THV) imaginent une forme où le texte livre un âpre combat pour exister dans le mouvement et l’espace. L’urgence des mots épuise les corps. La course des corps épuise les mots. Dans cette guerre opiniâtre, de grandes figures sont convoquées, ( Hercule, Rosa Luxembourg… modèles fondateurs) , comme d’autres plus intimes – évocation fiévreuse d’une mère disparue trop tôt ou celle d’un ami « beau comme un dieu ».

Le duo se fait trio avec l’intervention du danseur Franck Ragueneau. Autour d’un cercle matérialisé au sol par des tomates fraîches, les intervenants courent à en perdre haleine. Ils sont dans le spirale du monde, dans sa violence première, incapables de s’en extraire. Traînées sanglantes. Bouillies d’humains. La course continue. Les mots de Sylvain Pattieu ne cessent de le dire « on est dedans, on se bagarre ». Il faut lutter, être « en armes », pour être au monde. 

La forme proposée par Sylvain Pattieu et Yvann Alexandre calque son rythme sur l’incandescence de l’élocution. C’est le parti-pris poétique et, disons-le, politique. Par delà le malheur, il y a les mots qui frappent la page ou le silence, par delà le malheur, il y a les corps qui se meuvent, embrassent l’espace, souffrent de reprendre leur souffle mais résistent et se grandissent.

SAMEDI 14 AVRIL
(en partenariat avec monument en mouvement)

http://www.maisondelapoesieparis.com/

A lire Carole Martinez, La Terre qui penche, Gallimard, 2015 et Sylvain Pattieu Nous avons arpenté un chemin caillouteux, Plein Jour, 2017

https://mlascene-blog-theatre.fr/

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