L MM Quai Ouest mise en scène Philippe Baronnet

QUAI OUEST (c) Victor Tonelli
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 Théâtre de la Tempête

Quai Ouest

« Dans une nuit plus noire qu’une nuit ordinaire »

Pourquoi cet homme vient-il mettre fin à ses jours dans ce no man’s land oublié de tous? Pourquoi un homme le sauve-t-il? Pourquoi celui-ci finit-il par tuer son meilleur ami? Autant de questions qu’il faut accepter de ne plus se poser si l’on veut entrer dans le texte de Bernard-Marie Koltès, Quai Ouest. Accepter finalement d’entrer « dans cette nuit noire plus noire qu’une nuit ordinaire » dont parlait le dramaturge disparu en 1989.

Au Théâtre de La Tempête, Philippe Baronnet met en scène la pièce de Koltès en exposant concrètement le spectateur à cette nuit noire hors de l’ordinaire.

Le spectacle commence dans la pénombre la plus complète. Des voix, des présences se font entendre sur le plateau sans qu’on puisse discerner où elles se trouvent. Les ténèbres ont envahi les lieux au point qu’aucune lumière ne parait plus pouvoir les traverser et les éclairer. Dans cette opacité inquiétante qui bouscule les sens, le spectateur plisse les yeux, se retient de respirer, guette les sons, les froissements. Le souffle de celui qui s’avance vers ce qu’il ne voit pas, nous l’entendons, sa crainte, nous la partageons. Le travail de Lucas Delachaux sur la « non-lumière », soutenu par celui sur le son de Julien Lafosseest, à ce titre, porteur de sens et très intéressant.  

Quai ouest Philippe Baronnet
QUAI OUEST (c) Victor Torelli

ENTRE CHIENS ET LOUPS

Bientôt, à la lueur d’un briquet ou d’une troche, nous découvrons le lieu. Un hangar lugubre, parsemé d’immondices, où végètent des êtres qui ont renoncé à l’espoir. Un monde entre chien et loup. Un crépuscule de l’humanité. Où des chiens rencontrent des loups qu’ils n’auraient jamais dû côtoyer. Où chacun épie l’autre pour savoir ce qu’il va pouvoir tirer de l’autre. Personne ne partira du quai. L’ouest ne fait plus rêver. C’est un leurre. Ne restent que l’adversité et la violence.

L’écriture de Koltès avance par à-coups, vive, étonnante, comme le faisceau saccadé d’un phare qui ne prétendrait rien diriger. Noir. Lumière. Noir. Lumière. Le tragique bute sur le burlesque. Comique entre-deux dont la mort est l’issue. 

Justesse et longueurs

Comme toujours ce qui frappe dans les mises en scène de Philippe Baronnet, qui dirige la Cie Les Échappés vifs, implantée à Vire, c’est la qualité de la direction d’acteurs, le placement, la justesse. Louise Grinberg, Félix Kysyl, Marc Lamigeon, Julien Muller, Marie-Cécile Ouakil, Teresa Ovidio, Vincent Schmitt, Marc Veh, les comédiens, font exister les failles et les crapuleries des personnages avec fougue et clarté. On retiendra notamment le jeu tout à la fois incarné et décalé de Vincent Schmitt qui campe Rodolphe, un père monstrueux, souffreteux et affûté, arriéré et pervers. Les scènes qu’ils partagent dans la deuxième partie avec Marc Lamigeon ou Marc Veh soutiennent l’intérêt.

Car, il faut bien l’avouer, Quai ouest présente des longueurs et aurait sans doute gagné à être resserré. Les dernières scènes, toujours très belles esthétiquement notamment grâce à la scénographie d’Estelle Gautier et aux éclairages de Lucas Delachaux, cyclorama sur lequel se détachent de dérisoires silhouettes au lointain, manquent de rythme. La dynamique vers le dénouement nécessiterait sûrement des coupes dans le texte et/ ou une plus grande rapidité dans l’enchaînement des tableaux.

Les Échappés vifs, compagnie implantée à Vire, est associée avec Le Préau de 2016 à 2018.

https://www.la-tempete.fr/saison/2017-2018

Jusqu’au 15 avril 2018

https://mlascene-blog-theatre.fr/

 

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