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Que se répètent les heures mise en scène Pierre Bidard

Que se répètent les heures .... La Borde © Dr
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Le jeune metteur en scène Pierre Bidard place l’action de sa pièce Que se répètent les heures… au coeur de la clinique La Borde, ouverte en 1953, par le psychiatre Jean Oury. Avec délicatesse et minutie, la compagnie La Vallée de l’Égrenne, dresse les contours d’un monde où les patients retrouvent leur humanité. ( Voir l’interview de Pierre Bidard pour M La Scène )

Une très jolie petite musique 

« La Borde » est une clinique ouverte par le psychiatre et médecin Jean Oury, en 1953, dans le Loir-et-Cher. Révolté par l’univers « concentrationnaire » de l’hôpital psychiatrique, le fondateur de la psychothérapie institutionnelle pose ses valises dans un château en ruine pour construire un autre rapport entre soignants et soignés. Avec trente-trois de ses patients qui l’ont suivi, il élabore un lieu où la liberté de circulation fait loi. Les sujets en déshérence psychotique vivent ensemble, pratiquent des activités et trouvent un refuge où ils se sentent accompagnés et protégés. Des années après sa création, la clinique La Borde sert encore de référence.

À partir du  livre de la psychanalyste Marie Depussé, qui a vécu un moment à La Borde, Dieu gît dans les détails ( Editions P.O.L, 1993), et du documentaire du cinéaste Nicolas Philibert, La moindre des choses (1996), la Cie La Vallée de l’Égrenne, imagine de récréer scéniquement un moment vécu par ces « drôles de gens »  dans ce « drôle d’endroit« . Pour Pierre Bidard, le metteur en scène, la gageure était de parvenir à construire un objet théâtral à partir de ces matériaux-là.  « De faire se rencontrer ces deux poésies sur un plateau de théâtre, et que ces poésies se rencontrent dans le corps des acteurs. »  , comme il l’explique.

La poésie du quotidien

Sur le plateau, il s’agit de montrer à travers d’infimes détails comment la maladie est accueillie dans ce lieu si particulier. Rien n’indique qu’il s’agit d’une clinique. Pas de murs froids et impersonnels, pas de plafonniers standardisés à l’éclairage glacé, pas de blouses blanches. La salle commune qui accueille l’action est un espace ordinaire de vie et de rencontres.

Une grand table rectangulaire recouverte d’une nappe colorée, quelques chaises, une desserte pour la cafetière et les tasses, un guéridon avec une petite lampe, des fleurs dans un vase et le téléphone. Seuls éléments qui inscrivent la présence de malades psychotiques dans l’espace, les multiples dessins accrochés aux murs. Les visages croqués, la plupart au fusain, sur des feuilles de journal, apparaissent comme les représentations d’un trouble obsessionnel, qu’il soit celui de « l’artiste »  , ou celui des patients qui en ont été les modèles.

Il est 17h. A l’heure du goûter, celui des enfants, de la gourmandise et du partage en famille, soignants et soignés se retrouvent. C’est cet épisode de vie, banal et pourtant chargé de mille détails, qui se déploie sur scène. Un quotidien de la folie, où l’attention à l’autre est décrite avec délicatesse et acuité, dans une rêverie ouatée.

Une humanité touchante

C’est à travers le regard d’un des résidents que se construit la dramaturgie du spectacle. L’un des pensionnaires, qui a reçu un dictaphone de la part de son frère, enregistre les voix et les sons. Son micro tendu vers les objets et les gens, capte les moindres frémissements de vie. En temps réel, ce qu’il entend dans ses écouteurs, est retranscrit au plateau mais en exacerbant les sensations. Le travail subtil d’Etienne Martinez, autour du son, apporte une véritable densité à l’ensemble. Chaque détail, même le plus discret ou commun, se dote de la capacité d’être ressenti comme « sensationnel » .

Eclairés par les lumières enveloppantes de Gautier Legoff, les comédiens (Lou Bernard-Baille, Marius Uhl, Vincent Chappet, Vincent Couesme, Iris Pucciarelli et Erwan Vinesse), campent une humanité captivante, où soignants et soignés avancent ensemble avec dignité. La grande écoute entre les acteurs sert le propos. Avec une infinie tendresse, sans négliger une pointe d’humour, Que se répètent les heures… (La Borde), réussit à montrer comment au sein de La Borde, la folie est traitée comme une aventure qui engage chacun.


La mise en scène de Pierre Bidard  frappe par sa maîtrise et sa finesse. Il parvient à faire du quotidien de la clinique psychiatrique La Borde, une aventure poétique et touchante. La très jolie musique qu’il nous propose est à découvrir au Théâtre de Belleville. ♥♥♥♥♡


ET SI NOUS PARLIONS DU SPECTACLE AVEC PIERRE BIDARD, METTEUR EN SCÈNE ?


Que se répètent les heures… (La Borde)

Théâtre de Belleville

Texte Marie Depussé, Nicolas Philibert, Pierre Bidard
Mise en scène Pierre Bidard
Avec Lou Bernard-Baille, Marius Uhl, Vincent Chappet, Vincent Couesme, Iris Pucciarelli et Erwan Vinesse
Conception sonore Etienne Martinez
Lumières Gautier Legoff

Scénographique et costumes Margaux Folléa et Shehrazad Dermé
Dramaturgie Erwan Vinesse,
Administration Floriane Fumey

Cie La Vallée de l’Égrenne

Prix de la mention spéciale du concours Théâtre 13 édition 2020


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