Critique Love d’Alexander Zeldin

Texte et mise en scène Alexander Zeldin

Love (c)Sarah Lee
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Au cœur de la détresse et de l’amour, Love d’Alexander Zeldin, repris à La Commune-Aubervilliers, dans le cadre du Festival d’Automne, est bouleversant. Le metteur en scène britannique cisèle le réel. Sordide et sublime se rencontrent.

Love : une tragédie du sensible

Organisé en cinq tableaux, en cinq actes, Love, texte et mise en scène du britannique Alexander Zeldin, questionne le tragique pour fortifier la vie. Dans un refuge pour personnes en situation d’urgence, se retrouvent des femmes, des hommes, des enfants. Ensemble, natifs et étrangers, familles et individus solitaires, cohabitent dans ce « Shelter » , cet abri, pour ceux qui ne peuvent plus payer un loyer. 

Le plateau est une salle commune. Deux tables, des chaises dépareillées, un évier à cour, des WC à jardin. Les murs jaunis suintent d’humidité. Le plafond est balafré de néons. Univers froid, sinistre, anonyme, sordide. Mais, des portes numérotées ouvrent bientôt sur des chambres et sur la vie. Un quinquagénaire britannique et sa mère malade, un couple dont la femme est enceinte avec deux adolescents, une réfugiée soudanaise qui a laissé son enfant au pays, un homme syrien de passage. Toute cette humanité, fragile et claudiquante, lutte contre l’adversité et tend les bras vers nous qui la regardons.

Sans misérabilisme, sans complaisance, ces éclats vibrants de réel, dresse une cartographie sans fard d’une société qui a oublié les siens. Rythmée par les battements d’une branche d’arbre qui vient frapper aux carreaux du destin, la tragédie de ces gens ordinaires offre pourtant la possibilité d’entendre l’écho puissant de l’amour.

Cut et raccords


La mise scène d’Alexander Zeldin s’appuie sur une dynamique cinématographique où l’œil du spectateur est souvent sollicité pour opérer les raccords entre les différentes scènes et mouvements de personnages 
(Marcin Rudy). La fluidité des enchaînements  renforce l’effet de réel. La vie paraît saisie dans son mouvement même. Parallèlement, le travail sur les lumières ( Marc Williams), volontairement froides et crues, est acéré. Les « cut » au noir, secs, isolent les cinq tableaux par un retour aussi tranché à la lumière blafarde des néons. La direction d’acteurs est poussée au plus près de l’intime et de la juste émotion. Portées par des acteurs époustouflants, les situations de violence latente, de promiscuité humiliante, livrent leur déchirante vérité.

Les comédiens incarnent tout à la fois l’extrême fragilité de ceux qui ont tout perdu et la force de ceux à qui il reste l’amour. Soutenus par le dispositif tri frontal qui place une partie des spectateurs sur le plateau, ils vont au devant de nous. Nous qui faisons alors corps avec eux. Il faut voir à la fin Anna Calder-Marshall* traverser les rangs des spectateurs. Magnifique, fragile, au bord de la détresse et de l’épuisement, lumineuse, tragique, nos mains ne peuvent s’empêcher de la soutenir. Un grand moment, silencieux, ample, d’émotion. 

Love d’Alexander Zeldin est un spectacle poignant qui bouleverse et hante longtemps après. ♥♥♥♥♥

Spectacle vu aux Ateliers Berthier, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, en 2018.

La comédienne Anna Calder-Marshall ne fait plus partie de la distribution.


LOVE 

 La Commune- Aubervilliers du 15 au 22 octobre 2022

texte et mise en scène Alexander Zeldin

avec le Festival d’Automne à Paris et l’Odéon-Théâtre de l’Europe
avec la participation de la Ville d’Aubervilliers

en anglais, surtitré en français —

distribution Amelda Brown, Naby Dakhli, Amelia Finnegan, Oliver Finnegan, Sandy Grierson, Joel MacCormack, Hind Swareldahab (en alternance avec Mouna Belghali), Temi Wilkey, Grace Willoughby

scénographie et costumes Natasha Jenkins
lumière Marc Williams
son Josh Anio Grigg
travail du mouvement Marcin Rudy
assistance mise en scène Elin Schofield
assistance costumes Caroline McCall

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