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Les Fourberies de Scapin mise en scène Tigran Mekhitarian

Les Fourberies de Scapin mise en scène Tiagran Mekhitarian photo © David Law
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Tigran Mekhitarian adapte Les Fourberies de Scapin de Molière et en propose une version vitaminée où le rap trouve sa place.

Tenir l’énergie, rapper le théâtre

 

Molière était-il l’un des premiers « punchlineurs » ? A n’en pas douter. La mémoire collective est pleine de ses traits d’esprit qui font encore mouche et qui défient les siècles. A commencer par l’inoubliable réplique de Géronte dans Les Fourberies de Scapin : « Mais qu’allait-il faire dans cette galère ? » qui ponctue rythmiquement la scène 7, de l’Acte II.

La comédie de Molière, en trois actes, vive et enlevée, regorge de phrases percutantes destinées à faire rire. Issue de la commedia dell’arte, elle met en scène un valet, fourbe et rusé, Scapin, qui aime à manipuler et à se jouer de ceux qui l’emploient. Audacieux et rancunier, le serviteur maîtrise l’art de l’éloquence et de la comédie. C’est par une parole percutante qu’il lutte pour remporter la bataille verbale qui l’oppose aux autres. On comprend pourquoi Tigran Mekhitarian a pu être séduit par ce personnage haut en couleurs, pour le tirer vers un univers, où il s’agit de tenir l’énergie et de rapper pour dominer la scène.

« Je hais ces cœurs pusillanimes qui, pour trop prévoir les suites des choses, n’osent rien entreprendre »

 

Tigran Mekhitarian, comme Scapin, ose et entreprend. Il déplace la scène dans un squat. Au milieu du plateau, des palettes en bois constituent une estrade. Mise en abyme théâtrale, c’est à cet endroit, qu’Octave ( Samuel Yagoubi), sous la direction de « Théo », le technicien lumière, qui le fait répéter depuis la régie, travaille la tirade qu’il destine à son père. Moment surjoué mais hilarant. Scapin (Sébastien Gorski) arpente l’espace avec une silhouette qui évoque celle du héros « d’Assassin’s Creed ». Torse nu, il accompagne d’un solo de batterie, le rap de Zerbinette (Charlotte Levy). 

Le jeu déborde le plateau. On crie, on s’interpelle, on coure, on se cache dans la salle. On choisit un spectateur pour seconder Scapin. Ce soir-là, c’était un jeune Hippolyte qui, pris au jeu, dénonçait sans vergogne la perfidie de Géronte (Théo Navarro-Mussy). On sort les armes. Le cran d’arrêt et le révolver ont supplanté l’épée. Le texte de Molière est respecté mais augmenté de créations musicales et instrumentales ou de dialogues à l’intérieur desquels l’insulte urbaine peut jaillir à tout moment. On regrettera, cependant, notamment dans la première partie de la représentation, que la violence l’emporte sur le rire.

La mise en scène de Tigran Mekhitarian n’en demeure pas moins énergique et stimulante.                                                                                                       


Les Fourberies de Scapin

texte MOLIÈRE
mise en scène TIGRAN MEKHITARIAN       au Théâtre de Sartrouville

avec Isabelle Andrzejewski, Théo Askolovitch, Sébastien Gorski, Charlotte Levy, Tigran Mekhitarian, Louka Meliava, Théo Navarro-Mussy, Étienne Paliniewicz, Blanche Sottou, Samuel Yagoubi

musique originale Sébastien Gorski
scénographie et lumière Tigran Mekhitarian


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