M La Scène
Critiques Théâtre et Danse

Chambre 2 mise en scène Catherine Vrignaud-Cohen

Anne Le Guernec dans Chambre 2 © Huma Rosentalski
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Adapté du roman de Julie Bonnie, en seul(e) en scène au théâtre, Chambre 2, mise en scène par Catherine Vrignaud-Cohen, donne voix de façon très organique, à une parole singulière.

LES INTERVIEWS DE M LA SCÈNE : CATHERINE VRIGNAUD-COHEN ET ANNE LE GUERNEC

Une chambre organique

Chambre 2, c’est une chambre d’hôpital. Une parmi tant d’autres dans une maternité. Dans celle-ci, depuis des années, une femme survit à peine. La mère a porté deux petites filles. L’une a choisi de vivre. L’autre, malgré tous les efforts des soignants, est restée « dans le tunnel ». Pour cette femme, tout s’est arrêté à ce moment précis. Dans la stupeur de cette découverte : le corps qui peut donner la vie, peut aussi donner la mort, sans qu’on ne puisse rien y faire. Comme l’écrit, Julie Bonnie « On est dépossédé du choix ».

Au coeur de la maternité, vie et mort se frôlent, se jaugent, ferraillent. De chambre en chambre, la narratrice, Béatrice, une auxiliaire puéricultrice, rencontre des parcelles d’humanité, crues, intenses, parfois désenchantées. Derrière chacune des portes qu’elle pousse, se découvrent des fragments d’histoires qu’il faut traiter dans l’urgence et que l’esprit, puis le corps doivent absorber. L’hôpital se veut aseptisé, froid et professionnel, pourtant dans son ventre, la chair des femmes se déchire, des cris fissurent des certitudes, et de peau à peau, l’humain chante à l’oreille de celui qui écoute. Béatrice ressent cette pulsion charnelle comme une chambre d’écho à sa propre histoire. Elle a été danseuse nue, a ondulé son corps, a exposé son âme. Dans la solitude de l’hôpital, elle capte encore la sonate et la transe des corps.

Un seul(e) en scène épuré 

Catherine Vrignaud-Cohen cherchait à explorer au théâtre « la féminité dans tout son spectre ». C’est sur les conseils d’Anne Le Guernec qu’elle a choisi d’adapter le roman « sans filtres » de Julie Bonnie, Chambre 2Anne Le Guernec incarne, seule en scène, Béatrice, ce personnage à la parole franche et au désespoir à fleur de peau. Dans une combinaison en jean, elle arpente le plateau, luttant contre ses anciens démons comme ceux qu’elle rencontre à l’hôpital. Sa forte présence s’inscrit dans l’espace avec netteté. Le travail opéré avec la chorégraphe Stéphanie Chêne permet au corps de l’actrice de moduler sa partition gestuelle. 

Chambre 2
Anne Le Guernec (c) Huma Rosentalski

La mise en scène de Catherine Vrignaud-Cohen fait le choix de l’épure et du rythme. Dans un espace volontairement vidé de toutes fioritures, tout paraît partir du corps de l’actrice. Seul accessoire, véritable partenaire, un objet rond, blanc à la forme évocatrice. Tout à la fois, divan, siège obstétrique, ventre, enfant, accouchée, il est avant tout une proposition à l’imaginaire qui s’active en fonction des manipulations et actions de la comédienne. L’accompagnement sonore de Sylvain Jacques offre un contrepoint subtil à ce que propose le plateau. 

Seul(e) en scène épuré et puissant, Chambre 2, mise en scène de Catherine Vrignaud-Cohen, sera repris, notamment, du 23 novembre 2021 au 15 janvier 2022 au Théâtre de la Reine Blanche, à Paris.


d’après le roman de Julie Bonnie ( publié aux Éditions Belfond / Prix du roman Fnac 2013)
mise en scène Catherine Vrignaud-Cohen

avec Anne Le Guernec

adaptation Catherine Vrignaud Cohen et Anne Le Guernec
scénographie et lumière Huma Rosentalski
chorégraphie Stéphanie Chêne
création sonore Sylvain Jacques
régie générale et lumière Grégori Carbillet
diffusion Diane Erenberk (Compagnie Empreinte(s)


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