Le Pays lointain mise en scène Clément Hervieu-Léger

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Le Pays lointain (c)Jean-Louis Fernandez
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Le Pays lointain, la pièce testamentaire de Jean-Luc Lagarce, est mise en scène dans son intégralité par Clément Hervieu-Léger à l’Odéon. Quatre heures pour faire ses adieux au monde, pour épuiser les mots. Il en résulte des longueurs indéniables mais, aussi, des fulgurances d’intensité.

Parler. Parler pour ne pas mourir.

Le Pays lointain de Jean-Luc Lagarce reprend le motif d’une pièce précédente Juste la fin du monde. Louis, la quarantaine, sait qu’il va mourir. Il revient dans « le pays lointain », désignation métaphorique de cette « sorte de ville » de province mais aussi de sa famille qu’il a gardée volontairement à distance. A cette famille (sa mère, sa sœur Suzanne, son frère Antoine et Catherine, l’épouse de ce dernier), accompagné par un ami de « Longue date », il vient annoncer sa mort prochaine et son départ pour « le pays lointain », celui dont on ne revient pas. 

La pièce est traversée par l’absolue nécessité de la parole. Celle des vivants, celle du presque mort, celle des déjà morts. Les mots des vivants cohabitent avec ceux des morts. Personnages à part entière, les morts au même titre que les vivants revendiquent la parole sur scène. Les monologues de ceux, vivants et morts, qui ont traversé la vie de Louis, dressent dans le flot des mots prononcés un portrait de Louis. Image parcellaire d’un personnage fuyant qui se rend dans le pays lointain pour annoncer sa mort prochaine mais qui échoue à communiquer avec ses proches.

Le Pays lointain
Loïc Corbery, Guillaume Ravoire, Aymeline Alix, Audrey Bonnet, Vincent Dissez (c)Jean-Louis Fernandez

Immobilisme et mouvements

Organisée comme une tragédie, avec un prologue statique face public, un chœur mouvant et des coups du destin que souligne un gong bruyant, la mise en scène de Clément Hervieu-Léger fait le choix du paradoxe. La scénographie imaginée par Aurélie Maestre dessine volontairement un paysage borné et fermé. Un mur en béton en fond de scène limite la perspective et empêche qu’on puisse accéder visuellement au décor dont on aperçoit les cimes. Les objets datés, hors d’usage, cabine téléphonique et voiture, renvoient à un monde dépassé et fini.

Parallèlement, les personnages (vivants et morts), interagissent dans cet espace figé dans un mouvement perpétuel. La mise en scène travaille les déplacements dans une chorégraphie dynamique en explorant chaque potentiel de verticalité ( petit remblais, capot ou toit de la voiture, mur de béton, bord de scène). Les corps s’aimantent, se dispersent, se prennent, se repoussent au gré des paroles qui réactivent les rencontres et les abandons.

Tous les comédiens modulent le texte de Lagarce avec clarté mais Vincent Dissez ( Longue date) hisse son personnage au dessus des autres et Nada Strancar offre à la mère sa présence lumineuse. Loïc Corbery soutient les ambiguïtés et les lâchetés de Louis jusqu’à la très belle scène finale. 

Au vu de tous ces atouts, il est juste regrettable que la pièce souffre de longueurs. Certaines prises de paroles s’éternisent, tournent en boucle, notamment, celles des amants, nombreux, qui font craindre à un moment qu’ils soient encore plus incarnés sur scène. Il en ressort parfois le sentiment désagréable de monologues verbeux alors que la parole, par ailleurs, est porteuse d’intense désarroi et de fragilité face à la mort qui rôde.

de Jean-Luc Lagarce
mise en scène Clément Hervieu-Léger

avec
Aymeline Alix
Louis Berthélemy
Audrey Bonnet
Clémence Boué
Loïc Corbery de la Comédie-Française
Vincent Dissez
François Nambot
Guillaume Ravoire
Daniel San Pedro
Nada Strancar
et Stanley Weber

A l’Odéon, jusqu’au 7 avril

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