Arctique d’Anne-Cécile Vandalem

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Arctique d'Anne-Cécile Vandalem © Christophe Engels
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Arctique d’Anne-Cécile Vandalem déçoit. Entre Lars von Trier et Le Splendid, le paquebot théâtral se perd en eaux troubles.

Une dystopie écologique

Arctique d’Anne-Cécile Vandalem part d’une inquiétude légitime. Que va devenir l’Arctique si, avec le fonte des glaces, s’ouvre une voie maritime entre le Pacifique et l’Atlantique et que ces terres protégées deviennent une source d’exploration et de profit ?

L’auteure imagine donc une dystopie écologique qui nous projette en 2025. Le Groenland a été le jouet de spéculations et de manœuvres politiques. Sur l’Arctic Serenity, un paquebot de croisière affrété par des officiels, le meurtre d’une opposante a eu lieu quelques années auparavant. L’histoire commence quand, bien après, le navire se retrouve remorqué vers un nord arctique qui a été vidé de ses autochtones inuits

Agatha Christie au Pôle

Copiant le début des Dix petits nègres d’Agatha Christie, Arctique met en scène cinq personnages invités dans un lieu isolé pour expier des agissements passés. Ici, il s’agit de passagers clandestins sur l’Arctic Serenity qui se retrouvent bientôt coupés du monde, oubliés et laissés à leur violence et à leurs noirs instincts.

Organisé comme un huit-clos policier avec des révélations à tiroirs, la dernière création d’Anne-Céline Vandalem pêche à la fois par la banalité du « scénario » de départ et par la complexité de l’intrigue ultérieure qui ne passionne pas vraiment. 

Arctique
Arctique d’Anne-Cécile Vandalem (c)Christophe Engels

De Lars von Trier au Splendid

L‘esthétique de départ et le propos annoncé avaient cependant tout pour plaire. C’est sur l’écran placé en hauteur que débute le spectacle. Cette vidéo filmée en direct présente des images percutantes. Celles de deux personnages qui accueillent les passagers clandestins. Cadrés au plus près des visages dans un brouillard bleuté et oppressant, les plans évoquent ceux de Lars von Trier. Impression renforcée par le « look » bjorkien d’Epona Guillaume

Le travail sur la vidéo ( Federico d’Ambrosio) est, il faut le dire, le point remarquable du spectacle. Le montage ( Yannick Leroy) comme la manipulation des caméras (Leonor Malamatenios, Tom Gineyts) et la régie technique (Frédéric Nicaise) parviennent à faire vivre le paquebot et ses multiples coursives. La scénographie (Ruimtevaarders) cachée ( décor hors-scène) et à vue ( salon principal avec petite estrade pour l’orchestre) fonctionne. Elle contribue avec les réalisations techniques à développer le sentiment d’un navire perdu dans les eaux glacées, abandonné, menaçant.

Il est dommage que l’écriture choisisse de rompre théâtralement ce que la vidéo et la scénographie créent. Sur le plateau, le ton est à l’humour. Celui qui ridiculise ses personnages. Certaines scènes semblent être des copier-coller du film « Les Bronzés font du ski » comme celle de la balle dans le pied de Lucia ( Zoé Kovacs). Les personnages mêmes (« le journaliste » ( Jean-Benoit Ugeux), « la bourgeoise »(Mélanie Zucconi) dans leur cruauté et leurs ridicules rappellent ceux qu’a pu imaginer la troupe du Splendid.

Arctique d’Anne-Cécile Vandalem souffre donc de cette rupture de ton et ne parvient par à embarquer le spectateur.

Aux Ateliers Berthier jusqu’au 10 février 

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