M La Scène
Critiques Théâtre Danse Musique Opéra

Le Champ des possibles mise en scène Elise Noiraud

Le champ des possibles photo Batiste Ribrault
551

Au Théâtre du Rond-Point, Élise Noiraud reprend son spectacle Le Champ des possibles, créé en 2019 à La Reine Blanche et qui fut l’un des succès du Festival Off d’Avignon de la même année. Dans ce seule-en-scène bien rodé, l’interprète dresse une galerie de portraits, avec une virtuosité tout à fait réjouissante. (Regarder l’interview vidéo d’Élise Noiraud par M La Scène).

Élise et moi, émoi

Troisième volet d’une trilogie intitulée, Élise, Le Champ des possibles narre l’arrivée à Paris, d’une jeune étudiante de province. Pour la jeune fille de dix-neuf ans, quitter ses Deux-Sèvres, c’est aussi et surtout, quitter ses deux parents. Enfin, essayer de s’en détacher. Car l’emprise est réelle. Le père comme la mère manient le chantage affectif avec brio. Pour Élise, le chemin vers l’émancipation sera ponctué de petites victoires et de grands renoncements.

Élise Noiraud ne se masque pas derrière un personnage. Elle revendique le lien intime qui existe entre son parcours et celui de « son double fictionnel » . L’étudiante porte son nom. La trilogie, son prénom. Les situations sont toutes inspirées d’événements traversés et vécus. Mais, la mise à distance et la récréation sur scène permet de se réapproprier ce qui a été éprouvé pour s’en libérer, notamment par le rire. Comme elle aime à le rappeler :  » Tout est vrai et tout est faux. C’est pour cela que j’aime beaucoup le terme d’ « autofiction » . Pour moi, l’autofiction, c’est le travail de création à partir d’une histoire vraie, mais sans s’astreindre à un pacte de vérité » . L’aventure d’Élise est donc double, personnelle et théâtrale. Il s’agit pour le personnage d’exister au sens propre comme au figuré. De s’affranchir de son premier « moi » réel et de se libérer sur scène de figures parentales castratrices et dévorantes.

La politesse du rire

Dans son parcours d’émancipation, la jeune Élise rencontre toute une série de personnages. Effrayants, burlesques, pathétiques, la comédienne les croque sans préambule. Les portraits s’enchaînent, se télescopent avec rapidité. En tee-shirt et pantalon noirs, Élise Noiraud campe avec une virtuosité réjouissante, une conseillère d’orientation absolument pas psychologue, une animatrice de centre aéré maltraitante, un agent immobilier obséquieux, un chargé de cours à la Fac, une professeure d’atelier théâtral qui félicite tout le monde d’avoir « lâché son cœur sur le plateau« , une bourgeoise condescendante qui passe tout à son fils tyrannique, nommé Agamemnon …

Dans cette galerie de personnages, la mère intervient comme une figure récurrente, à la fois possessive, culpabilisante, et tragique. C’est par la vivacité du jeu, la précision de la mise en scène et par le prisme du rire, que s’effectue l’alchimie du spectacle. « Pour moi, le rire est un peu une forme de politesse. Comme je raconte parfois des choses très noires et très dramatiques, il y a quelque chose dans le fait de permettre aux gens de rire, qui pour moi, donne toujours le choix aux spectateurs, soit de prendre le spectacle sous un versant très sombre, soit sous un versant très léger. (…) J’aime bien le rire parce que ça allège. Ça donne aussi un récit de vie qui est un endroit de rencontre entre la noirceur et la légèreté, et nos existences, elles sont faites de ça. » explique Élise Noiraud.

Au terme du voyage, le personnage d’Élise qui s’arrache à sa jeunesse, pourra déclarer, à l’instar de Simone de Beauvoir dans son autobiographie, La Force de l’âge, citée dans la pièce  « J’étais là, seule, les mains vides, séparée de mon passé et de tout ce que j’aimais, et je regardais la grande cité inconnue où j’allais sans secours tailler au jour le jour ma vie.” 


Les trois chapitres de l’intégrale de la trilogie Élise, (La Banane Américaine (l’enfance), Pour que tu m’aimes encore (l’adolescence), Le Champ des Possibles (l’entrée dans l’âge adulte) peuvent être vus, les dimanches 5, 12 et 19 décembre, 14h30, au Théâtre du Rond-Point. ♥♥♥♡♡


 

Interview d'Élise Noiraud par M La Scène


Le Champ des possibles

Au Théâtre du Rond-Point

Écriture, interprétation et mise en scène : Élise Noiraud
Collaboration artistique : Baptiste Ribrault
Création lumière : François Duguest
Régie lumières, son et régie générale : Olivier Maignan

SPECTACLE CRÉÉ À LA REINE BLANCHE, DU 18 MAI AU 22 JUIN 2019

TRILOGIE PUBLIÉE DANS SON INTÉGRALITÉ CHEZ ACTES SUD SOUS LE TITRE ÉLISE


Intéressés par une autre critique M La Scène sur un seul-en-scène ? Celle-ci pourrait vous plaire : Critique  Novencento pianiste.

Le champ des possibles
Leave a comment