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Illusions perdues mise en scène Pauline Bayle

Jenna Thiam et Charlotte Van Bervesselès dans Illusions perdues mise en scène Pauline Bayle Photo Simon Gosselin
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Au Théâtre de la Bastille, Pauline Bayle adapte avec fougue le roman monumental de Balzac, Illusions perdues, et emporte l’adhésion par sa mise en scène vitaminée. Centré sur l’itinéraire de Lucien de Rubempré et son initiation par l’échec, le spectacle est défendu par cinq acteurs à l’énergie revigorante. ( Voir l’interview vidéo de Pauline Bayle faite par M La Scène )

Balzac : Ici et maintenant

Illusions perdues est pour Honoré de Balzac, « une oeuvre capitale dans l’oeuvre« , une des pierres angulaires de La Comédie humaine. Un jeune provincial, Lucien, est né d’une mésalliance. Sa mère, noble, portait le nom « de Rubempré » mais, elle a épousé un simple pharmacien d’Angoulême, M. Chardon. Lucien rêve de gloire et de renommée littéraire. Il écrit des sonnets et ambitionne de connaître succès et fortune à Paris. Parallèlement, son beau-frère et ami, David Séchard tente d’inventer un papier d’excellence qui permette aux écrits de rayonner davantage. Les deux trajectoires sont liées. Chacun de ces personnages, attaqué par  une société haineuse, assujétie à ses intérêts, sera confronté aux désillusions. 

Pauline Bayle choisit de ne s’attacher qu’à l’itinéraire de Lucien de Rubempré et à son initiation par l’échec dans la capitale. « Le Grand homme de province à Paris« , la deuxième partie du roman balzacien constitue la matière principale du spectacle. La jeune metteuse en scène dit  » que du point de vue intime, elle avait à coeur, à travers la quête du personnage principal, de parler de cette confrontation entre un idéal et un fantasme. Fantasme d’une vocation artistique, d’une vocation morale, d’amitié, et de la manière dont celle-ci rencontre le réel. Je trouve que c’est génialement raconté, incarné dans le roman de Balzac.  » précise-t-elle.

Son adaptation a, elle aussi, dû se confronter à la réalité du plateau : vingt quatre versions de texte successives ont vu le jour pour révéler combien les dialogues balzaciens étaient « déjà très charnels, très incarnés » et donc profondément théâtraux. Il en ressort une force qui se déploie, ici et maintenant, sans artifice, dans le présent de la représentation.

Sous le regard de l’autre

Lucien, le jeune provincial, naïf et innocent, se lance sur la scène parisienne sans autre armes que sa beauté et son talent. Le plateau va devenir le ring sur lequel il ne va cesser de recevoir des coups. La scénographie imaginée par Pauline Bayle et Fanny Laplane exacerbe le sentiment que le personnage livre une bataille dans une arène dont il ne connait pas les règles. Frontal, tri-frontal et quadrifrontal, le dispositif  évolue, ménage des surprises et rebat sans cesse les cartes.

Au tout début de la représentation, le dispositif profondément théâtral, met le public en situation d’être, à la fois, acteur sur le plateau, mais aussi spectateur de ce que d’autres vivent dans la salle puis, de ce qui se jouera plus tard sur scène. Public et comédiens ne peuvent échapper au regard de l’autre. Ils sont parties prenantes de la joute qui va avoir lieu sur le plateau. Paris est un monde cruel où tous les coups sont permis et où les mises à mort sociales sont un spectacle. Scène symbolique, l’assassinat artistique de Coralie (Charlotte Van Bervesselès), la jeune actrice et maîtresse de Julien, a lieu au centre du plateau, aux yeux de tous. Couverte de boue, avec cruauté et violence, son humiliation tragique éclabousse, au propre comme au figuré, le spectateur qui la contemple.

Une troupe formidable

Le spectacle est défendu par cinq comédiens à l’énergie époustouflante. Charlotte Van Bervesselès, Hélène Chevallier, Guillaume Compiano, Alex Fondja, Jenna Thiam sont tous exceptionnels. Quatre d’eux eux (Charlotte Van Bervesselès, Hélène Chevallier, Guillaume Compiano, Alex Fondja) incarnent tous les personnages à qui Lucien (Jenna Thiam) est confronté dans sa quête parisienne. Tour à tour, aristocrates, libéraux, écrivains, libraires, journalistes, artistes, amis, ennemis, les comédiens insufflent un souffle puissant sur le plateau et maintiennent la menace qui plane à tout instant sur le héros. La mise en scène de Pauline Bayle, où chaque déplacement ou geste fait sens, offre à chacun une très belle partition.

Face à eux, Jenna Thiam incarne, au-delà du genre, Lucien, le jeune poète  » beau comme une femme » , tel que le décrit Balzac. La jeunesse, l’enthousiasme, la fragilité, l’ambition, l’indolence, la fougue, le trouble, l’émotion sont là. La comédienne se jette dans l’arène du plateau comme « un gladiateur qui doit affronter des bêtes » et ne relâche à aucun moment l’intensité de son jeu.

Courez voir, Illusions perdues, mise en scène par Pauline Bayle, au Théâtre de la Bastille ! Coup de coeur de ce début de saison théâtrale pour M La Scène. ♥♥♥♥♥


 

INTERVIEW DE PAULINE BAYLE PAR MARIE-LAURE BARBAUD, M LA SCÈNE

 


Illusions perdues

Au Théâtre de la Bastille

d’après le roman Illusions perdues d’Honoré de Balzac

Adaptation et mise en scène Pauline Bayle

Avec Charlotte Van Bervesselès, Hélène Chevallier, Guillaume Compiano, Alex Fondja, Jenna Thiam et la participation de Viktoria Kozlova en alternance avec Pauline Bayle

Assistante à la mise en scène Isabelle Antoine

Scénographie Pauline Bayle, Fanny Laplane

Lumières Pascal Noël

Costumes Pétronille Salomé

Son Julien Lemonnier


 

illusions perdues

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