La justesse de la distribution
Portée par une distribution d’une remarquable homogénéité, la pièce trouve en Dominique Pinon un Vittorio tout en nuances. L'homme est acariâtre, provocant, mais profondément blessé. Le comédien campe un peintre replié sur lui-même, incapable d’aimer autrement que par la peinture. Malgré lui, la maladie le contraint à rouvrir les portes closes du lien familial et celle d'une culpabilité enfouie. Catherine Arditi incarne Clara, sa sœur avocate volubile, entre fermeté et fragilité. Leur duo, tendu par des décennies de non-dits, évite les éclats trop faciles pour privilégier le heurt feutré des blessures anciennes. Autour d’eux, les rôles secondaires trouvent leur juste place, notamment Fabio Marra lui-même. Solaire et discret, il incarne le fils écarté, témoin silencieux d’un drame qui ne l’a jamais complètement exclu. La construction narrative alterne présent et réminiscences. Elle s’appuie sur un rythme maîtrisé, où les scènes semblent surgir d’un repli du cœur.
Mais c’est surtout dans ce qu’elle ne dit pas que la pièce touche le plus justement. Les silences, les regards, les hésitations, disent ce qui ne peut être formulé. La Couleur des souvenirs est une tentative de réconciliation avec soi-même, une méditation sensible sur les traces que laissent les héritages affectifs. Fabio Marra ne cherche ni à accuser ni à absoudre, mais à interroger ce qui reste, quand les rancunes s’effacent et que l’art devient le dernier refuge d’une tendresse trop longtemps tue. Une œuvre certes classique, mais profondément habitée, où l’intime se fond dans l’universel avec une rare élégance.
Dans La Couleur des souvenirs de Fabio Marra l’émotion affleure sans jamais s’imposer. Un théâtre de l’intime, porté par une distribution juste et inspirée, qui éclaire avec délicatesse les zones d’ombre de la mémoire et du pardon.
L'avis de M La Scène :
MMMM (4/5)