Camarades mise en scène Cie Les Maladroits

Critique M La Scène : L M Beaucoup

Camarades © Damien Bossis
114

La Compagnie Les Maladroits continue son travail de création autour des thématiques de l’engagement et de la transmission. Après le savoureux, Frères où le sucre racontait la Guerre d’Espagne, Camarades, met en scène Mai 68 et les débuts du féminisme à coups de poussière de craie.


Sur les pavés, la craie !

« Frères », « Camarades », le champ lexical des titres retenus par La Cie Les Maladroits, indiquent un chemin. Celui d’une fraternité et d’un combat. Le premier volet faisait revivre sur une table en formica, la guerre d’Espagne, l’espoir, l’exil, à travers un objet-matière, le sucre. Décliné sous toutes ses formes, en morceaux, en poudre, manié, cassé, saupoudré, projeté, le sucre donnait vie aux événements que traversait un grand-père réinventé.

Camarades met en scène « Mai 68 » et les débuts du féminisme. La Cie reste fidèle à ses choix artistiques. C’est à partir d’un matériau réel, la parole recueillie d’une femme, prénommée « Colette », qui a vécu ces événements, que le spectacle a été construit. Camarades retrace son enfance à Saint-Nazaire, sa jeunesse pendant Mai 68, son engagement qui la mène jusqu’à San Francisco, ville à l’avant-garde de l’émancipation des minorités. Pour cette reconstitution de vie, où la lutte est à l’honneur, l’objet-matière est cette fois la craie. « Sur les pavés, la craie ! «  est donc le mot d’ordre pour donner à voir les barricades et l’histoire d’une jeunesse en quête de sens et de liberté.

Camarades
Camarades © Damien Bossis

La poussière crayeuse de l’histoire

Les quatre comédiens du collectif Les Maladroits (Benjamin Ducasse, Valentin Pasgrimaud, Hugo Vercelletto et Arno Wögerbauer) réactivent la mémoire pour l’interroger. Histoire personnelle et grande Histoire se mêlent et se vivifient dans la poussière crayeuse jetée sur elles. L’objet-matière, la craie, questionne le passé qui s’efface et la trace qu’il laisse dans le présent. Une belle image. Avec énergie et humour, les quatre acteurs dopent le plateau pour raconter l’histoire d’une femme, Colette, qui découvre l’engagement et les droits des femmes.

Camarades est également une histoire d’amitié. Celle du collectif Les Maladroits, qui cette fois-ci, s’engage à quatre sur le plateau. De cette écriture collégiale, qu’on devine parfois difficile, le début du spectacle rend compte avec un sens de la dérision réjouissant. Les spectateurs deviennent les participants d’une AG tumultueuse dans laquelle s’opposent les partisans de la fiction et ceux de la vérité. Doit-on rester au plus près de la parole vécue et recueillie ou doit-on s’en écarter au profit de la fiction ? Cette question brûlante, qui a agité le collectif, est intégrée comme élément dramaturgique au service du spectacle et de son dynamisme.

Camarades, présenté au Mouffetard, confirme le talent de La Cie Les Maladroits qui interroge l’histoire et le politique avec l’infiniment simple : l’objet et le plaisir d’en jouer.


Camarades  Compagnie Les Maladroits

De et par : Benjamin Ducasse, Valentin Pasgrimaud, Hugo Vercelletto et Arno Wögerbauer

Collaboration artistique : Éric de Sarria
Dramaturgie et direction d’acteurs : Marion Solange Malenfant
Création lumières : Jessica Hemme
Costumes : Sarah Leterrier Création sonore : Erwan Foucault
Conseils vidéo : Charlie Mars

Lire une autre critique M La Scène

Leave A Reply

Your email address will not be published.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.