Oncle Vania mise en scène Stéphane Braunschweig

Critique M La Scène : ♥♥♥♥♡

Nadejda Loumpova, Anatoli Béliy, Yulia Peresild, Evguéni Mironov, Dmitri Jouravlev, Ludmila Trochina © Elizabeth Carecchio
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Stéphane Braunschweig reprend à l’Odéon sa mise en scène d’Oncle Vania, créée au Théâtre des Nations de Moscou. En langue originale, portée par des comédiens russes, la pièce de Tchekhov livre un manifeste sensible et très actuel pour la préservation de la planète.

Avant que les bouleaux NE MEURENT 

L’Oncle Vania est une comédie dramatique, un comédie du désenchantement. Les personnages, dont la plupart appartiennent à la même famille, portent le poids de l’oisiveté ou de la désespérance. Englué dans sa vie de parasite, Sérébriakov (Victor Verjbitski) l’écrivain égoïste, vénéré par sa mère, passe son temps à se plaindre. Comme sa jeune épouse, Helena, (Yulia Peresild), qui ne fait rien, sinon se lamenter. Face à eux, Vania (Evguéni Mironov) et Sonia, (Nadejda Loumpova), sacrifiés, gèrent le domaine pour Sérébriakov, sans aucune perspective d’espoir. Enfin, Astrov (Anatoli Béliy), le médecin, dresse un constat cynique sur l’action de l’homme sur son environnement et cherche l’oubli dans l’alcool.

La scénographie de Stéphane Braunschweig donne à voir l’enfermement des personnages, l’angoisse qui les étreint, comme le danger qui rode. Au début de la représentation, une très haute palissade de bois encercle l’espace de jeu tandis qu’on aperçoit au loin la cime des bouleaux qui peuplent la forêt. Isolés, prisonniers de leur névrose, les personnages seront bientôt totalement claquemurés. La palissade devient un gigantesque coffrage qui interdit toute échappée vers l’horizon.  Au dernier acte, la partie basse du dispositif disparaît et laisse apparaître un champ de désolation. Les bouleaux ont été fauchés. Les arbres ravagés, tels des fétus de paille, jonchent le sol, à perte de vue. 

Oncle Vania
Oncle Vania © Elizabeth Carecchio

Et que les hommes ne soient fauchés

Baignée par les très belles lumières – encore une fois– de Marion Hewlett, la dernière scène d’Oncle Vania frappe par sa force évocatrice. Sonia et Vania s’entrelacent. Leurs corps se couchent l’un sur l’autre, à hauteur de bois fauché. Leurs bras démunis ne sont que l’écho tragique d’une mort annoncée. Tels des troncs sans vie. Stéphane Braunschweig prolonge scéniquement l’inquiétude écologique qui taraudait Tchekhov avant nous. Le destin de l’homme est intimement lié à celui de la préservation des forêts. Visionnaire, Astrov, posait déjà la question de la responsabilité de chacun face aux générations futures. « Ceux qui viendront dans cent ans, deux cents ans, et à qui nous frayons la voie, s’ils viennent à penser à nous, est-ce qu’ils penseront du bien de nous ? Eh non, nourrice, ils ne penseront pas de bien. » 

Et, le médecin des hommes proposait un remède : l’engagement. Lui sauvait sa forêt en plantant des bouleaux. « Si, dans mille ans, les hommes sont heureux, eh bien, ça sera aussi, un tant soit peu, à cause de moi ».

Portée par les acteurs russes du Théâtre des Nations de Moscou, la mise en scène de Stéphane Braunschweig captive.


Oncle Vania de Tchekhov   [Дядя Ваня]

en russe, surtitré en français — 16 — 26 janvier – Odéon 6e

Mise en scène et scénographie Stéphane Braunschweig

collaboration à la scénographie Alexandre de Dardel
lumière Marion Hewlett
costumes Anna Hrustalyova

avec Nina Gouliaéva, en alternance avec Irina Gordina, Anatoli Béliy, Evguéni Mironov, Nadejda Loumpova, Victor Verjbitski, Helena Andreyevna,  Elisaveta Boyarskaya (du 16 au 19) en alternance avec Yulia Peresild (du 21 au 26), Dmitri Jouravlev, Ludmila Trochina


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