M La Scène
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L'ÉDITO DE M LA SCÈNE BLOG THÉÂTRE

ÉDITO Janvier 2022.

M La Scène vous adresse ses meilleurs vœux pour l’année 2022. Puisse-t-elle voir les nuages encore menaçants disparaître !

Pour nous, l’année s’est terminée sur le plaisir de retrouver le travail de Kurô Tanino, au Théâtre de Gennevilliers. Le metteur en scène japonais présentait La Forteresse du sourire. La création, nourrie par le jeu tout en retenue et puissant des acteurs, touchait par sa délicate et profonde humanité.

De belles découvertes ont marqué également cette fin d’année :

Le Passé, mis en scène par Julien Gosselin, d’après l’auteur russe Léonid Andréïev, frappait par sa virtuosité à retranscrire par l’image la tragédie d’êtres plongés dans un enfer intérieur. L’actrice, Victoria Quesnel, époustouflante, y crevait l’écran.

Suite de l’éditorial

La Fonction de l’orgasme de Didier Girauldon et Constance Larrieu

Critique M La Scène : ♥♥♥♥♡

La Fonction de l'orgasme (c)Jonathan Michel
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Au Théâtre de la Reine Blanche, dans un seule-en-scène pétillant, Constance Larrieu adapte avec énergie et gaieté La Fonction de l’orgasme de Wilhelm Reich. Une invitation au lâcher-prise sans vulgarité.

L’orgasme et sa fonction

Définir la fonction de l’orgasme a été entrepris par Wilhelm Reich dans les années trente. Pour ce psychanalyste qui s’écarte rapidement de son mentor Freud, l’abandon de soi à l’orgasme dans la plénitude et le respect du partenaire, évite le développement d’angoisses psychosomatiques. La puissance orgastique lutte contre toutes les « cuirasses caractérielles » qui empêchent d’aller vers l’autre et de s’ouvrir au monde. Il est question d’amour, d’abandon, et non de performance.

Pour Reich, la société par essence contraint l’individu. Elle le maintient dans un état psychotique, dans une sexualité déviante née d’angoisses chroniques. « La santé psychique dépend de la puissance orgastique, c’est-à-dire de la capacité de se donner lors de l’acmé de l’excitation sexuelle pendant l’acte sexuel naturel. Sa base est l’attitude caractérielle non-névrotique de la capacité d’aimer. La maladie mentale est le résultat d’un désordre dans la capacité naturelle d’aimer. » Jouir avec l’autre, s’adonner au plaisir et à l’amour, permet d’être au monde hors de la névrose et du contrôle sclérosant.

La Fonction de l'orgasme
Constance Larrieu dans La Fonction de l’orgasme (c)Eric Girauldon

La maestria de l’interprète

Découverte, pour ma part, dans La 7e fonction du langage, (l’adaptation théâtrale du roman de Laurent Binet mise en scène par Sylvain Maurice), Constance Larrieu irradie de sa présence pétillante la scène du Théâtre de la Reine Blanche pendant une heure quinze. Maîtresse de cérémonie dans sa tenue saumonée, elle livre un exposé de la théorie « reichienne » qui laisse une large part à l’humour et à la dérision.

Sur le plateau, elle met en perspective sa recherche, ses tâtonnements, ses enthousiasmes, ses déceptions par écran interposé. Son visage, filmé au plus près, s’inscrit dans une esthétique de documentaire. Suivi du projet, affres de la création, rencontres avec des médecins, des sexologues et autres spécialistes actualisent et enrichissent la parole du psychanalyste autrichien. La mise en scène qu’elle cosigne avec Didier Girauldon est précise, inventive et travaille souvent l’adresse public avec facétie.

La Fonction de l’orgasme relève le défi de créer un objet théâtral jouissif à partir d’un texte scientifique ardu. 

Théâtre de la Reine Blanche jusqu’au 18 mai

Une recherche théâtrale de Didier Girauldon, Constance Larrieu et Jonathan Michel / d’après les écrits de Wilhelm Reich / mise en scène Didier Girauldon et Constance Larrieu / avec Constance Larrieu / collaboration artistique et vidéo Jonathan Michel

 

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