L’Hôtel du libre-échange mise en scène Isabelle Nanty.

L M (beaucoup)

L'Hôtel du libre-échange (c) Brigitte Enguérand
175

L’Hôtel du Libre-Echange de Feydeau mis en scène par Isabelle Nanty à la Comédie-Française, fait la part belle aux comédiens, à leur vivacité et à l’ingéniosité de leur jeu. Un Feydeau vitaminé.

Un vaudeville revendiqué

Pièce en trois actes de Georges Feydeau, écrite en collaboration avec Maurice Desvallières, L’Hôtel du Libre-Echange, connut dès ses débuts un vif succès. Légèreté, quiproquos, comique de situations, adultère, portes qui claquent, ridicules exacerbés, tous les ingrédients du vaudeville s’y retrouvent savamment dosés. La mise en scène d’Isabelle Nanty s’empare de chacun de ces aspects pour plonger le spectateur dans un tourbillon vaudevillesque.

L’argument met en scène deux couples de bourgeois : les Pinglet et les Paillardin. Pinglet, un entrepreneur en bâtiment est marié à une femme acariâtre. Il convoite l’épouse de son ami et associé, l’architecte Paillardin. Celui-ci doit s’absenter pour une expertise. Madame Paillardin, exaspérée par la froideur de son mari, accepte le rendez-vous clandestin que lui fixe Pinglet à l’Hôtel du Libre-Échange.

Mais, l’Hôtel n’a rien de romantique. C’est un « hôtel borgne », trouvé grâce à une publicité douteuse : « Sécurité et discrétion ! Hôtel du Libre Echange, 220, rue de Provence ! Recommandé aux gens mariés… ensemble ou séparément !… » Par une série de hasards comiques, le « couple » en goguette est loin d’être seul. Paillardin, le mari, s’y trouve, comme la bonne de Pinglet et le neveu de Paillardin ainsi que Mathieu, un ami de province descendu à Paris avec ses quatre filles. Beaucoup de monde, donc, pour une véritable discrétion. Surtout que le patron et son homme à tout faire sont adeptes du vilebrequin et du trou dans le mur. 

L'Hôtel du libre-échange
L’Hôtel du libre-échange ©Christophe Raynaud

Le toupet de Christian Hecq

La fameuse mécanique du rire propre à Feydeau fonctionne à plein régime sous la houlette d’Isabelle Nanty. La direction d’acteurs a privilégié la vivacité du jeu et l’implication des corps dans la situation qui les malmène. Dans le jeu de massacre qui précipitent les personnages grotesques contre les murs, contre les portes, pour cacher leurs mensonges et leurs vilenies, les corps à la gestuelle exacerbée plongent dans une folie qu’ils ne peuvent maîtriser.

Les comédiens s’en donnent à cœur joie. Avec une audace hilarante, Christian Hecq projette le personnage de Mathieu dans une frénésie corporelle proche de la démence. Comme une girouette qui n’a plus de centre, il paraît avancer au gré des mouvements nerveux du toupet qu’il agite compulsivement sur sa tête. Tout en lui provoque le rire. Anne Kessler, également, parvient à propulser le personnage de Mme Pinglet du côté de la folie. Cassé, désarticulé, son corps est une mécanique déréglée qui prend les coups, ceux du sort et ceux de la trahison du mari. Sa dignité fragile et sa petite marche d’automate au bord de l’abattement sont une réussite. Égarement et cynisme se conjuguent pour faire naître le rire.

Il faut souligner également la scénographie de Christian Lacroix qui oppose à l’étroitesse intérieure de l’hôtel, une verticalité poétique qui s’ouvre sur une lune pleine et lumineuse. Comme les intermèdes musicaux assurés par Noam Morgensztern et Bakany Sangaré qui renouent avec une esthétique de cabaret espiègle et joyeuse. 

 Comédie-Française Salle Richelieu jusqu’au 25 JUILLET 2019

Mise en scène : Isabelle Nanty
Scénographie et costumes : Christian Lacroix
Distribution avec en alternance Anne KesslerAlain LengletFlorence VialaCoraly ZahoneroJérôme PoulyMichel VuillermozBakary SangaréChristian HecqGilles DavidNâzim BoudjenahNoam MorgenszternClaire de La Rüe du CanRebecca MarderPauline ClémentJulien Frison

Lire l’article M La Scène sur La Nuit des rois à la Comédie-Française

Leave A Reply

Your email address will not be published.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.