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Critiques Théâtre et Danse

La Dernière nuit du monde mise en scène Fabrice Murgia

Fabrice Murgia, La dernière nuit du monde © KURT VAN DER ELST
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Cloître des Célestins, Laurent Gaudé et Fabrice Murgia inventent une fable dystopique. La Dernière nuit du monde est à portée de pilules. Fabrice Murgia défend le texte avec fièvre mais une scénographie trop statique affadit le projet (voir notre interview vidéo de Fabrice Murgia)

La Dernière nuit du monde à portée de pilules

Réduire la nuit à quarante cinq minutes. L’idée de départ est originale et intéressante. Une pilule sort sur le marché. Elle permet de ne dormir que quarante cinq minutes et de se réveiller reposé, sans avoir à dormir plus. Laurent Gaudé et Fabrice Murgia ont travaillé à la fois l’aspect positif du phénomène et ses sous-couches négatives. L’abolition du chômage et ses prétendues avancées sociétales se confrontent à une réalité liberticide. Capitaliser la nuit pour en tirer le plus de profit se heurte au potentiel vital de l’homme.

La Dernière nuit du monde est une fable dystopique qui invite le spectateur à une réflexion profonde sur les processus de marchandisation. L’homme tire profit de la terre, de la mer, des animaux, des choses et des êtres. Pourquoi cette course à l’exploitation des ressources s’arrêterait-elle au jour ? Si la nuit était abolie quelles en seraient les conséquences funestes ? Où trouver de l’humanité dans un monde qu’on déshumanise ? Autant de questions existentielles qui sous-tendent l’intérêt de la création construite par Laurent Gaudé et Fabrice Murgia.

Orphée et Eurydice

A cette réflexion politique se greffe une histoire d’amour. Le protagoniste central de l’histoire, Gabor est conseiller en communication. Les responsables politiques lui doivent les slogans publicitaires en faveur de la pilule qui abolit la nuit. Sa femme dont il est follement amoureux, une nuit, disparaît. S’en suit une quête pour percer le mystère de sa possible mort. Tel Orphée descendant aux Enfers à la recherche d’Eurydice, Gabor va plonger dans les affres de la nuit et d’une réalité seconde pour retrouver la trace de son amour perdu.

Fabrice Murgia interprète le personnage masculin de ce conte moderne. La belle Nancy Nkusi est l’écho féminin qui résonne comme un doux rêve qui, pour vivre, doit perdurer. Fabrice Murgia s’empare du texte de Laurent Gaudé avec fièvre. Face public, debout, il plonge dans l’instant du jeu avec volupté et générosité. Cette « envie d’être au plateau, d’être face aux gens, corps torse nu, face à eux et de plonger dans leurs histoires post-confinement et de réparer tout ça en étant sur la plateau » se ressent fortement. Il est dommage que la scénographie, trop statique, contribue à affadir le projet. Les personnages, prisonniers d’un espace rectangulaire qui leur est attaché, bougent à peine pendant deux heures et l’écran vidéo n’est pas assez exploité. La priorité, on le sent, a été donnée au texte et à l’incarnation physique. On peut le regretter.


 

INTERVIEW DE FABRICE MURGIA, METTEUR EN SCÈNE ET INTERPRÈTE


La Dernière nuit du monde

Dans le cadre de la 75e édition du Festival d’Avignon

Avec Fabrice MurgiaNancy Nkusi
Texte Laurent Gaudé
Mise en scène Fabrice Murgia
Assistanat à la mise en scène Véronique Leroy
Scénographie Vincent Lemaire
Création vidéo Giacinto Caponio assisté de Dimitri Petrovi
Lumière Emily Brassier
Son Brecht Beuselinck
Traduction anglaise Sue Rose


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