Critique Olympe Audouard, première femme journaliste

Mise en scène Martin Loizillon

Copyright Arthur Ruyer David / Ville de Versailles

Trop longtemps oubliée, Olympe Audouard mérite enfin la lumière que lui offre la compagnie Le Théâtre du petit monde avec Olympe Audouard, première femme journaliste, à découvrir lors du "mois Molière" à Versailles. Une pionnière du journalisme au féminin, féministe avant l'heure, dont le destin hors du commun traverse les planches avec autant de fougue que d'intelligence.

Olympe Audouard, première femme journaliste : une femme libre rendue à la lumière

Qui se souvient aujourd'hui d'Olympe Audouard ? Le spectacle que propose Martin Loizillon, sur un texte de François de Mazières, répare cette injustice mémorielle. Née à Marseille en 1832, elle épouse à dix-huit ans un notaire. Leur séparation intervient en 1858. Commence alors un long combat. Pendant près d’un quart de siècle, elle subit les entraves juridiques et financières imposées aux femmes émancipées de la tutelle conjugale. Il lui faudra attendre 1885 pour régulariser sa situation. Soit un an après l’adoption de la loi Naquet, qui rétablit le divorce en France. C'est pourtant sur les ruines de cette première existence contrainte que se construit une femme d'exception.

Olympe monte à Paris après une conversation décisive avec Alexandre Dumas. Elle se taille alors rapidement une place dans les cercles littéraires de la capitale, fréquentant Théophile Gautier, Victor Hugo ou Lamartine. Pionnière du journalisme au féminin, elle fonde en 1861 Le Papillon. Un périodique mondain et humoristique, bimensuel puis hebdomadaire, auquel collaborent Gautier et Hugo eux-mêmes. Elle crée ensuite, en 1867, La Revue Cosmopolite, qu'elle tente de transformer en organe politique. Le ministre de l'Intérieur le lui refuse au prétexte qu'elle est femme. Ce déni d'existence, qui résume à lui seul l'époque, ne fait que renforcer sa détermination. Olympe Audouard restera dans l'histoire comme la première femme journaliste française, titre qu'elle a conquis malgré tout, et qu'on ne lui a jamais vraiment rendu.

Pour l'égalité entre les sexes

C'est comme féministe que l'histoire retient surtout son nom. Dans une Lettre aux députés de 1867, Olympe Audouard réclame pour les femmes le droit commun, l'égalité devant la loi, avec une clarté et une modernité saisissantes. Sans être une révolutionnaire, indifférente aux luttes sociales de son temps, elle affronte avec courage la diffamation et le ridicule que la société réservait aux femmes qui osaient parler haut. Au XIXe siècle, le terme "bas bleu" désignait péjorativement les femmes qui avaient des prétentions littéraires.

Dans son pamphlet Guerre aux hommes (1865), elle livre également une critique incisive des inégalités et des contradictions qui traversent la société de son temps. S’appuyant sur un riche ensemble d’anecdotes, de références historiques et de touches d’ironie, elle met en évidence les injustices dont les femmes sont victimes et dénonce l’hypocrisie des normes sociales. Dans le même élan, elle s’engage avec détermination en faveur de la reconnaissance légale du divorce, qu’elle considère comme une avancée essentielle pour l’émancipation féminine.

Le texte de François de Mazières restitue cette figure dans toute sa complexité, sans en faire ni une sainte ni une martyre. Une femme entière, passionnée, contradictoire, dont la vie fut, selon ses propres mots, partagée entre une France terne et douloureuse, et un monde parcouru en voyageuse, ensoleillé et libérateur.

 Un spectacle un peu sage

La mise en scène de Martin Loizillon suit pas à pas le destin d'Olympe Audouard, des premiers combats jusqu'aux dernières heures. Tableaux dialogués et monologues puisés dans ses écrits se succèdent pour faire surgir les multiples visages d'une femme inclassable : mère, journaliste, écrivaine, grande voyageuse, adepte du spiritisme vers la fin. Le portrait est clair, le propos accessible, et la diversité de ses engagements s'en trouve pleinement honorée.

Le spectacle repose sur ses deux interprètes ( Gwenaël Ravaux et Nicolas Rigas). Ils portent un texte dense, richement documenté, avec une conviction qui ne se dément pas. La comédienne Gwenaël Ravaux, qui incarne Olympe Audouard, échappe à l'écueil que représentait l'incarnation d'une figure militante. Tour à tour espiègle, grave, sensible ou combattante, elle rend à cette femme son épaisseur humaine. Son partenaire (Nicolas Rigas) tisse les transitions, en incarnant une multitude de personnages. Ceux qui accompagnent cette traversée biographique ( Théophile Gautier, le Baron Haussmann, juge, concierge épris de poésie, prêtre ...)

Des réserves subsistent. La dramaturgie reste un peu trop prudente. À force de vouloir tout couvrir, ou expliquer, l'ensemble sacrifie parfois l'inattendu à l'exhaustivité. Les ambiances sonores sont parlantes. La scénographie convoque joliment l'univers de l'imprimerie, mais les audaces théâtrales se font rares. Cela dit, le spectacle vit, instruit, et redonne voix, avec une sincérité manifeste, à l'une des figures féminines les plus singulières du XIXe siècle, longtemps méconnue.

Un spectacle porté par deux interprètes convaincants, même si la mise en scène aurait gagné à prendre davantage de risques pour être à la hauteur du tempérament fougueux de son héroïne.

L'Avis de M La Scène :

MMM (3/5)

 

A noter le spectacle est programmé au Festival Off d'Avignon 2026, au PETIT LOUVRE (LE) (Van Gogh) – Mois Molière

Salle : Salle Van Gogh


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Autobiographie d'Olympe Audouard :  Voyage à travers mes souvenirs : ceux que j'ai connus ce que j'ai vu (1884)

TitreOlympe Audouard, première femme journaliste
TexteFrançois de Mazières
Mise en scèneMathieu Loizillon
LieuPETIT LOUVRE (LE)
Datesdu 4 au 25 juillet 2026
Durée1h05
NoteMMM
Site officielVoir le spectacle
Distribution

Mise en scène de Martin Loizillon

Texte de François de Mazières

d'après les écrits d'Olympe Audouard, Victor Hugo,  Alexandre Dumas, Théophile Gautier

  • Avec : Gwenaël Ravaux et Nicolas Rigas
  • Création Sonore : Olivier Charade
  • Scénographie : Alexandre Camerlo
  • Compagnie : Théâtre du Petit Monde
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