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Corps extrêmes conception Rachid Ouramdane

Corps extrêmes conception Rachid Ouramdane photo Pascale Cholette
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Au Théâtre de Chaillot, dans « Corps extrêmes » de Rachid Ouramdane, les danseurs-voltigeurs défient les lois de la pesanteur. Un vent de poésie souffle au-dessus du vide.  

« S’élancer vers les champs lumineux et sereins »

Dans les pas de Baudelaire, « Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse /S’élancer vers les champs lumineux et sereins » . Corps extrêmes de Rachid Ouramdame s’ouvre sur un ailleurs. Le vent se fait entendre avant la musique. En fond de scène, sur le mur d’escalade blanc, se projettent des images d’un paysage grandiose. Le décor devient montagne et vibration sonore. 

Entre deux parois rocheuses, un fil est tendu. Au-dessus du vide, le highliner, Nathan Paulin avance pieds nus, tandis que sa voix, en off, nous parvient. « Marcher et presque voler » . « Maîtriser ses peurs » . L’athlète détient un dizaine de records mondiaux, notamment celle de la traversée d’une highline longue de 1662 mètres à 300 mètres de hauteur. Plans larges, gros plans, plongée. On le voit braver calmement le vide. Avancer, s’asseoir en tailleur, s’allonger sur la mince sangle élastique qui le sépare du gouffre. Images vertigineuses qui stupéfient.

La caméra s’éloigne, laissant le corps du funambule, minuscule, dans l’infiniment grand. Nathan Paulin apparaît alors au-dessus du plateau. Sur sa slackline, il reproduit les gestes réalisés dans la nature. Sa voix, enregistrée, l’accompagne. Il évoque ces moments où son esprit peut vaciller. Celui, notamment, où sa grand-mère décédée, lui souriait dans les nuages. Visuellement, il n’est pas seul. Tandis qu’il marche et s’équilibre des bras, le « déjà danseur »  forme un duo avec son ombre. Belle image créée par les lumières de Stéphane Graillot et imaginée par Rachid Ouramdane. Le funambule et son double dansent en apesanteur. 

« Chercher la liberté »

« Chercher la liberté » : lorsque ces derniers mots ont été prononcés, les autres interprètes apparaissent sur le haut du mur d’escalade. Ils regardent celui qui tutoie les étoiles et ne vont avoir de cesse que de le rejoindre.

Acrobates, ils construisent des tours humaines. Totems dressés vers  « les champs lumineux et sereins » . Voltigeurs, ils s’élancent en direction du ciel. Les corps jetés dans l’espace sont rattrapés puis, relancés. Danseurs, les portés se succèdent, doux, rapides, toujours souples et légers. Courses, passages au sol, se succèdent avant de repartir à l’assaut de cette quête pour « échapper à la gravité » . Le mur devient l’endroit de la dernière tentative.

La grimpeuse, Ann Raber Cocheril, montre la voie. L’athlète amorce la montée tandis que des images d’elle, en ascension, à l’aplomb d’une falaise, se projettent sur la paroi. L’illusion est totale et saisissante. Vertige d’une plongée au coeur de l’extrême. Les  autres danseurs-voltigeurs (Hamza Benlabied, Airelle Caen, Löric Fouchereau, Arnau Povedano, Belar San Vicente, Maxime Seghers, Seppe Van Looveren, Leo Ward– tous exceptionnels) l’accompagnent bientôt en s’élançant dans un ultime assaut vers les plateformes du mur. Jusqu’à ce que le funambule rejoigne la communauté des hommes en acceptant de revenir au sol.


Poétique et magnifiquement interprété, Corps extrêmes de Rachid Ouramdane constitue un moment suspendu de grâce. La musique, seule, heurte parfois.  


Corps extrêmes 

Théâtre de Chaillot

CONCEPTION Rachid Ouramdane
MUSIQUE Jean-Baptiste Julien
VIDÉO Jean-Camille Goimard
LUMIÈRES Stéphane Graillot
COSTUMES Camille Panin
RÉGIE GÉNÉRALE Sylvain Giraudeau

AVEC Hamza Benlabied, Airelle Caen, Löric Fouchereau, Nathan Paulin, Arnau Povedano, Ann Raber Cocheril, Belar San Vicente, Maxime Seghers, Seppe Van Looveren, Leo Ward


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