Doña de La Mancha
Le Quichotte de Gwenaël Morin part à l'assaut du Jardin de la rue de Mons, celui de la Maison Jean Vilar, à deux pas du Palais des Papes. Une façon de rendre hommage au créateur du Théâtre Populaire et du Festival d’Avignon. Cette mise en scène s'inscrit dans un projet ambitieux de quatre ans que Gwenaël Morin a métaphoriquement intitulé « Démonter les remparts pour finir le pont ».
Ainsi qu'il l'expliquait à l'occasion de sa précédente création, dans ce même lieu, Le Songe, d'après la comédie de Shakespeare. « Il s’agit de se saisir de ce qui est construit, de ce qui nous pré-existe. De ce qui est parfois utilisé pour nous impressionner, nous dominer, nous soumettre. Se saisir de toutes ces choses-là, qui génèrent beaucoup d’incompréhension de ma part et d’essayer de les changer en des forces de transformation et de relation à l’autre. » Cette démarche reflète à merveille l'esprit du Don Quichotte de Cervantes, un personnage qui, malgré son apparente folie, cherche à redéfinir les notions de chevalerie et de justice.
Comme précédemment dans Andromaque à l'infini ou Le Songe, les comédiens sont au nombre de quatre. La structure, qui induit l'idée d'une construction solide, semble inspirer Gwenaël Morin. C'est donc aux quatre coins du jardin, que le quatuor (Jeanne Balibar, Thierry Dupont, Marie-Noëlle, Léo Martin) se lance pour faire vivre l'aventure épique du héros espagnol.
Le pouvoir de l'imagination
De pas grand chose, par le pouvoir de l'imagination, les comédiens recréent les célèbres péripéties du fantasque Hidalgo, grisé par ses lectures de romans chevaleresques. De vulgaires cartons servent d'armure, de heaume, de bouclier. Un bout de bois allongé fait office de lance. Une table en plastique blanche devient l'âne Rucio de Sancho Panza. Les bras du public sollicité se transforment en ailes de moulins. Après tout, il suffit d'y croire et de se laisser porter par les tours facétieux que permet le théâtre.
Marie-Noëlle prend en charge la narration. Ses accents à la Edouard Baer distillent une piquante dérision. A la comédienne revient également la prise en charge de la liste des ouvrages gardés ou jetés, avant l'autodafé prévu de la Bibliothèque du héros. Le moment, trop long, s'étire en revanche inutilement. Thierry Dupont campe un Sancho Pança débonnaire et déphasé à souhait. Le jeune Léo Martin, une feuille à la main, véhicule l'idée amusante, que c'est un quidam à qui on a confié le rôle au débotté. Reste Jeanne Babilar. Véritable Doña de La Mancha, elle porte haut l'énergie, la folie, la foi du juste qui doit terrasser les âmes basses. Semblable au chevalier errant, elle ose tout, n'a peur de rien. Elle semble n'être jamais là, où on pourrait l'attendre. Son jeu unique est pur enchantement. Hélas, lorsqu'elle disparaît, l'étincelle s'éteint et le spectacle en pâtit.