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Avremo ancora l’occasione di ballare insieme de Doria Deflorian & Antonio Tagliarini

Avremo ancora l'occasione di ballare insieme © Andrea Pizzalis
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Avremo ancora l’occasione di ballare insieme de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini, met en scène une errance nostalgique dans un théâtre déserté. Après la  « grande catastrophe »  du confinement, l’arrêt des spectacles et le traumatisme ressenti par les artistes privés de scène, il s’agit d’interroger les frontières funestes où la mort et l’ennui rôdent. 

Un rêve mortifère

La première scène est éloquente. Sur un plateau vide, dans la pénombre, un groupe de touristes arrive. Menés par une guide, ils viennent visiter le théâtre. Comme ils le feraient pour tout autre lieu historique. Ou toute autre ruine. De son parapluie, l’accompagnatrice montre les loges, les objets témoins d’un passé qui fut vivant. Elle commente l’arrière du décor, les cintres. Avant  « la grande catastrophe », il faut s’imaginer, dit-elle, que des projecteurs éclairaient et bougeaient. Maintenant, les visiteurs doivent s’habituer à l’obscurité. Ils avancent timidement dans ce lieu déserté, mais chargé de fables poussiéreuses.

Une seule lumière perdure, celle de « la servante  » , la « ghost light » .  Mais, s’agit-il vraiment d’une consolation ? s’interroge avec amertume l’un des personnages. On le sait pendant le confinement, de nombreux théâtres ont renoué avec la tradition de la « ghost light.  » Cette lumière dans la nuit était le symbole que les lieux de culture allaient forcément réouvrir. Le symbole que « Avremo ancora l’occasione di ballare insieme » , que « Nous aurons encore l’occasion de danser ensemble ». 

Pourtant, le spectacle de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini ne semble pas animé par la dynamique du mouvement et de la vie. C’est comme si, à l’immobilité pendant la pandémie, répondait l’engourdissement des corps dans l’espace-temps de la représentation. Les personnages paraissent prisonniers d’un rêve mortifère. L’élan intérieur, l’élan vers l’autre, l’élan vers le public, semble être toujours freiné traduisant une sorte d’impossibilité à passer outre le cataclysme vécu.

Une mise en abîme crépusculaire

Le spectacle prend pour argument le film de Federico Fellini, Ginger & Fred. Dans celui-ci, deux vieux danseurs de claquettes reforment leur duo, après trente ans de séparation, devant des caméras de télévision. Giulietta Masina et Marcello Mastroianni incarnent ce couple dont les noms rendent hommage aux mythiques Fred Astaire et Ginger Rogers du cinéma hollywoodien des années 30. Ce monde est révolu. Le petit écran qui fragmente et réduit a remplacé le grand écran qui magnifie. Désormais, le spectateur impatient, zappe. La publicité et son cortège de vulgarités détruisent la féérie et l’imaginaire. Ainsi que le dit Marcello Mastroianni à sa partenaire :« Nous ne sommes que des fantômes qui émergent du noir et dans le noir replongent. »

Adaptation théâtrale d’un film qui évoque d’autres films, la mise en abîme opte pour le noir et la pénombre. Les lumières crépusculaires de Gianni Staropoli et Giulia Pastore découpent l’espace à froid. Elles traitent les personnages souvent figés ou immobiles comme des présences fantomatiques que la vie semble avoir quittées. Sur le plateau vide, les deux petites loges sont les lieux où les acteurs se changent à vue ou rideaux tirés. A jardin, les hommes. A cour, les femmes. Mais, là encore les paillettes sont bien ternes.

Dans Avremo ancora l’occasione di ballare insieme, on parle beaucoup et on danse peu. Le face public devient le lieu de la confidence, où chacun des protagoniste revient sur un épisode de sa vie. Le chuchotement prime – que permet le micro. Il s’en suit un ennui certain. L’engourdissement saisit le spectateur comme les personnages. Reste la scène finale, où Emanuele Valenti se remémore tous les saluts qu’il a pu vivre et connaître. Lorsqu’il les reprend, les enchaîne en dansant, un élan de vie parcourt enfin le plateau.


Avremo ancora l’occasione di ballare insieme, de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini, souffre d’être trop verbeux et semble prisonnier d’une inertie qui paralyse. On aurait bien aimé pourtant avoir l’occasion de danser ensemble, avec eux.♥♡♡♡♡


Avremo ancora l’occasione di ballare insieme

[Nous aurons encore l’occasion de danser ensemble] Berthier 17e

d’après Ginger & Fred de Federico Fellini
un projet de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini

co-création et avec Francesco Alberici, Martina Badiluzzi, Daria Deflorian, Monica Demuru
Antonio Tagliarini, Emanuele Valenti

scénographie/assistant à la mise en espace Andrea Pizzalis
collaboration artistique Attilio Scarpellini
lumière/espace Gianni Staropoli et Giulia Pastore
son Emanuele Pontecorvo
costumes Metella Raboni
training claquettes Lorenzo Grilli
photos/vidéo Andrea Pizzalis
scénographie Paola Villani
direction technique Giulia Pastore
traduction, surtitrage Federica Martucci
 training claquettesLorenzo Grilli

collaboration aux costumes Ziamame

Festival d’Automne à Paris

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