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Scènes de violences conjugales

Texte et mise en scène Gérard Watkins

Scènes de violences conjugales texte et mise en scène Gérard Watkins (c)Perdita ensemble
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La thématique de Scènes de violences conjugales


Marie-Laure Barbaud : Nous sommes au 11 Avignon où vous présentez « Scènes de violences conjugales« , un texte que vous avez écrit, mis en scène et scénographié. La pièce aborde un sujet dur, actuel, celui des violences intra-conjugales. Pourquoi avez-vous eu envie de traiter ce thème en particulier ?

Gérard Watkins : J’ai commencé à écrire ça et de faire des ateliers en 2013. Donc ça fait un petit moment que je suis dessus. Et ça a demandé pas mal de recherches. Tout simplement parce que cela me mettait hors de moi, tous ces féminicides qui existaient et qui existent toujours maintenant, qu’on arrive toujours pas à enrayer. Il me semblait qu’on entendait beaucoup de choses dessus. Enfin, peu de choses à l’époque, c’était tabou. Mais, beaucoup de choses comme des chiffres ou des espèces de statistiques.

C’était très important de trouver une forme théâtrale qui puisse nous faire rentrer en empathie totale avec les femmes qui vivent ça. C’est-à-dire qu’on puisse avoir l’expérience de rentrer quelque part où on entre pas. Et ensuite, j’ai trouvé que ça racontait quelque chose d’assez fort sur les systèmes de domination évidemment, systèmes de domination patriarcale. Mais que, dans ce sujet, on pouvait vraiment rentrer aussi dans toutes les stratégies de domination. Et puis que, on pouvait par le théâtre et par quelque chose d’humain, faire ressentir aussi, les zones d’ombre que nous avons tous.

On a aussi été cherché avec les acteurs à créer, évidemment, sauf sur le personnage de Pascal Frontin, qui est une coquille vide absolue, des zones d’empathie. Et de ne rien lâcher, de ne rien laisser de côté, sur tous les mécanismes qui mènent à ça. Et de laisser aussi une porte de sortie pour ces femmes, qui portaient plainte. A un moment donné, il faut bien arriver à comprendre, à démanteler ces mécanismes. Pour moi, ce sont des choses qui devraient être démantelées dès l’école, dès les collèges. Si on voulait vraiment sérieusement s’y atteler, on le ferait. Donc, pour moi, le minimum, c’est d’avoir une pièce de théâtre qui soit forte et belle pour traiter le sujet.


Le travail avec les acteurs


Marie-Laure Barbaud : On sent énormément, dans Scènes de violences conjugales, l’emprise, la domination, la manipulation. Comment avez-vous travaillé cela avec les acteurs ? Parce qu’il y a un engagement, à la fois psychique et physique.

Gérard Watkins : Les acteurs sont complètement partie prenante. Toute l’élaboration même du texte, que j’ai écrit, mais en collaboration avec eux. C’est-à-dire que l’on a été cherché, -j’avais un story-board, une fiction que j’ai inventés- mais on a inventé tous les détails, ensemble, pour qu’ils ne mettent pas de distance. On a pas pris un fait réel. On a pris plein de choses, plein de faits. On a beaucoup travaillé au plateau avec les acteurs pour que ça viennent d’eux, qu’ils aient l’impression que ça parte tout le temps d’eux. Ça été un long temps de travail, pour que cela puisse être présent comme vous avez vu. Et aussi de chercher.

C’est vraiment curieux, car les victimes, les femmes, à chaque fois, ça prend des formes différentes. Julie Denisse et Hayet Darwich, il y a quelque chose de très fluctuant dans leur personnage. Que je n’ai jamais vu. C’est-à-dire, selon les coups, selon ce qu’elles reçoivent, il ya plein de palettes qui se déploient tous les soirs, différentes. Et on essaie à chaque fois de comprendre, en fait, ce que ça raconte. Voilà, c’est vraiment un travail de fond, très fort, qu’on a fait avec elles.

Marie-Laure Barbaud : Ça se ressent. Il y a des moments où on est vraiment heurtés en tant que spectateur, et surtout en tant que femme, encore plus. On ne peut que réagir et en cela, je trouve que votre travail est salutaire, véritablement. Et je vous en remercie.

Gérard Watkins : Merci.


La scénographie


Marie-Laure Barbaud : Tout se passe dans une espèce de triangle qui n’a pas d’issue. Et on sent bien l’emprisonnement, l’emprise sur le psychisme. Il faut dire que cela se passe en trois « actes » .

Gérard Watkins : Oui, c’est ça trois mouvements. La rencontre. Tous les moments qui sont jubilatoires, mais on entend quand même des choses qui font mal. On commence à le voir. Ensuite, ils rentrent dans l’appartement . On voulait vraiment avoir un espace commun. Quand ils vont voir la logeuse, c’est comme si on leur avait dit oui à chacun, pour rester ensemble. Et ce système d ‘ « A-B » comparé entre les deux couples. Avec ces deux formes de violences, cela permet aussi de créer beaucoup d’air et de montrer les multiples visages que peut prendre cette violence et ces emprises.

La scénographie, c’était vraiment le triangle : du maître-bourreau, victime, témoins. De mettre aussi le spectateur dans l’angle du témoin. Et d’avoir à la batterie, le formidable travail de Yuko Oshima. Absolument extraordinaire dans ce qu’elle fait de précision dans la percussion et l’accompagnement.  C’était fondamental que ce soit aussi une femme qui soit une femme batteuse parce que les coups ne sont pas des coups donnés mais des coups reçus. Et cette espèce de chose de musicalité, je trouve qu’elle fait un travail extraordinaire.

Entretien réalisé au théâtre 11 Avignon, le 11 juillet 2022.


 

Scènes de violences conjugales

du 7 au 29 juillet – Relâches : 12, 19, 26 juillet

à 22h15

Théâtre 11 • AVIGNON

Auteur : Gérard Watkins

  • Mise en scène : Gerard Watkins
  • Interprète(s) : Hayet Darwich, Julie Denisse, David Gouhier, Maxime Lévêque, Yuko Oshima
  • Musique : Yuko Oshima
  • Lumières : Anne Vaglio
  • Régie générale : Marie Grange
  • Régie lumière : Olivier Forma
Perdita Ensemble

Festival Off d’Avignon


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