Mme KLEIN mise en scène Brigitte Jaques-Wajeman

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Mme Klein (c)Pascal Gely
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Dans le cadre des 50 ans du Théâtre de la ville, Brigitte Jaques-Wajeman reprend Mme KLEIN au Théâtre des Abbesses, une tragédie feutrée où trois femmes psychanalystes règlent leur compte. Les trois actrices soutiennent avec finesse la lutte âpre entre le dit et le non-dit.

Psychanalystes à l’oeuvre

Mme Klein a vraiment existé. Célèbre analyste, pionnière de la psychanalyse enfantine par le jeu, dès les années 20 à Vienne, elle se démarque de l’orthodoxie freudienne en élaborant un complexe d’Oedipe plus archaïque. Selon elle, dès le sevrage, l’enfant développe des fantasmes incestueux, livré à l’angoisse qui les accompagne. Ses patients peuvent avoir deux ans. Dans le cadre de son cabinet, des poupées, des trains, des voitures, des animaux, des crayons, aident ces jeunes enfants à apprivoiser et à dire ce qui les tourmente.

Nicolas Wright écrit Mme Klein, traduit en français par François Regnault (Editions du Seuil). Le dramaturge s’inspire de faits réels, liés à la vie privée de cette figure majeure de la psychanalyse. D’origine juive, installée à Londres dès 1926, Mme Klein est rejointe par Melitta Schmideberg, sa fille, deux ans après. Puis, par Paula Heimann, qui fuit l’Allemagne nazie et devient sa secrétaire avant de choisir Mélanie Klein comme analyste. Toutes trois sont psychanalystes. Le « kleinisme » divisera férocement le monde analytique. La cellule familiale ne sera pas épargnée.

Mme Klein
Mme Klein (c)Pascal Gely

Une tragédie Feutrée

Au cœur de cette tragédie, il y a la mort du frère. Tragédie du réel et tragédie théâtrale se rejoignent. En avril 1934, Hans, le fils aîné Klein, décède dans les montagnes des Carpates. Sur scène, la fille vient accuser la mère. Elle parle de suicide et exprime sa haine pour sa mère forcément coupable et responsable. Entre le dit et le non-dit, une lutte âpre se joue. Celle pour la domination de la parole, celle pour la clairvoyance de l’analyse, celle pour la maîtrise des passions. En une nuit, en un lieu, la tragédie confronte Œdipe à Électre. 

Le temps d’une nuit, Mélanie Klein ( Marie-Armelle Deguy), sa fille Mélitta ( Clémentine Verdier) et Paula, la secrétaire ( Sarah Le Picard) confrontées à la mort de Hans et à la dévastation de la passion qu’elle engendre, vont sceller une issue tragique. La fille est écartée au profit de la collaboratrice. La mère la sacrifie sur l’autel de la vanité et du nécessaire remède à la dépression. Paula remplace Mélitta auprès de Mme Klein. La nouvelle fille évince la fille légitime.

Brigitte Jaques-Wajeman opte pour une scénographie au plus près du réel. Le décor et les accessoires soignés évoquent un intérieur des années 30. En arrière plan, entouré de noirs rideaux, un haut panneau rappelle l’Art nouveau. Au centre, un divan trône. Dans ce décor, baigné par les belles lumières de Nicolas Faucheux, chaque objet a sa place. Une place symbolique. Parfois sous clef, l’objet devient le prolongement de ce qui est caché et tu. La direction des actrices est ciselée comme si chaque déplacement ou geste était porteur de sens. Le travail de Brigitte Jaques-Wajeman invite le spectateur à participer à l’analyse.

Le texte de Nicolas Wright comporte des longueurs mais aussi des fulgurances qui font mouche dès que Marie-Armelle Deguy s’en empare. Elle donne à Mme Klein sa puissance, sa perversité et sa vulnérabilité. Du grand art.

Théâtre de la Ville

Texte Nicholas Wright Traduction François Regnault (Editions du Seuil) Mise en scène Brigitte Jaques-Wajeman

Aavec Marie-Armelle Deguy, Sarah Le Picard, Clémentine Verdier

 

 

 

 

 

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