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NOVEMBRE 2021 : ALORS CETTE RENTRÉE THÉÂTRALE ?

Pour M La Scène, la rentrée a commencé par un coup de cœur :  Illusions perdues  mise en scène par la jeune metteuse en scène Pauline Bayle. Spectacle vu au Théâtre de la Bastille. Le roman foisonnant de Balzac est adapté avec fougue. La mise en scène vitaminée emporte l’adhésion. Le spectacle est défendu par cinq acteurs à l’énergie revigorante. Choix étonnant et qui fonctionne : Jenna Thiam y incarne, au-delà du genre, Lucien, le jeune poète « beau comme une femme », tel que le décrit Balzac. La jeune comédienne se jette dans l’arène du plateau comme « un gladiateur qui doit affronter des bêtes » et ne relâche à aucun moment l’intensité de son jeu. Interview de Pauline Bayle à retrouver ici. En écho, dans l’actualité, le film de Xavier Giannoli montre combien la comédie humaine balzacienne est encore source d’inspiration.

(Lire la suite de l’éditorial)

LMM La Bible, vaste entreprise de colonisation d’une planète habitable

de Céline Champinot

La Bible © Vincent Arbelet
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Au Théâtre de la Bastille, Céline Champinot et le Groupe La Galerie propose La Bible, vaste entreprise de colonisation d’une planète habitable, une création iconoclaste, vitaminée et joyeuse.

Un collectif de filles Détonnant

 La Bible, vaste entreprise de colonisation d’une planète habitable est le deuxième volet présenté par le Groupe La Galerie « Vivipares » (Posthume) brève histoire de l’humanité était déjà un spectacle à l’écriture déconcertante. Céline Champinot y concevait un voyage en cinq actes à travers une mythologie occidentale malmenée. La transgression était de rigueur. La structure classique explosait sous les fulgurances dévastatrices d’une scénographie qui semblait s’inventer au fil des divagations des personnages jusqu’au radeau de la méduse final.

Dans « La Bible… », ce sont les mêmes cinq actrices (Adrienne Winling, Sabine Moindrot, Élise Marie, Maëva Husband, Louise Belmas) qui interpellent Dieu, l’apostrophent et le convoquent au Tribunal de la nature. Dès le début, La Genèse est brandie vers le ciel comme un livre à charge. C’est écrit. Dieu a demandé à l’homme de se rendre maître de tous les êtres vivants. Mais, en colonisant la Terre, il l’a détruite.

La Bible
La Bible (c)Vincent Arbelet

La Bible … au commencement de la fin.

Fidèle à son esthétique du chaos, le Groupe La galerie, déploie sur le plateau une multitude d’accessoires, toujours au service de la force de l’image et de l’humour mordant qui peut s’en dégager. Papiers rouges déversés sur le sol comme autant d’espèces vivantes en charpie. Baudriers, casques, armures, draperies, les éléments de costumes créent, dans la continuité, l’évolution des personnages partant et vivant cette « vaste entreprise de colonisation d’une planète habitable ». Défricheurs criminels, super-héros de pacotille. Tipi, fusée, chaise d’arbitre, filet à grimper, orientent la scénographie vers la verticalité et éclairent la vaine tentative de l’homme à se croire divin.

La Bible …, deuxième volet du travail de Céline Champinot, frappe à nouveau, par la qualité du texte défendu. Originale, poétique, inspirée, l’écriture est vivante, organique. De nombreux chants a capella en soutiennent la musicalité. Le propos est mordant, la diction incantatoire. Il s’agit de dénoncer l’arrogance dévastatrice de l’homo sapiens qui, où qu’il pose le pied, détruit et tue toute terre colonisée. Au point, par un retour ironique du destin, de mettre en péril sa propre descendance. Ventres inféconds, terres infertiles, transmutations génétiques, est-ce là où nous voulons aller ?

Du commencement du verbe à la fin de l’humanité, Céline Champinot et le Groupe La Galerie, dans La Bible, vaste entreprise de colonisation d’une planète habitable, proposent un voyage iconoclaste, vitaminé et joyeux dans un monde en déconstruction. 

Lire la critique de M La Scène sur la précédente création de Céline Champinot

http://www.theatre-bastille.com/

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