Macbett, Jérémie Le Louët, Eugène Ionesco
Théâtre

Macbett

Mise en scène Jérémie Le Louët
©Justine Taverne
MMMM
L'avis de M La Scène
Dates
Jusqu'au 20 décembre 2026
Durée
1H30
Théâtre
Théâtre Juliette Récamier
Dates et réservations→Site du théâtre

Par Marie-Laure BARBAUD, 19 octobre 2026

Critique Macbett

Mise en scène Jérémie Le Louët

©Justine Taverne

Haut lieu chargé d’histoire, des salons de Juliette Récamier aux grandes heures de l’avant-garde, le Théâtre Juliette Récamier a récemment réouvert ses portes, et accueille Macbett d’Eugène Ionesco, mis en scène par Jérémie Le Louët. Sur le fil, entre tragédie et burlesque, cette création déploie une énergie folle et une inventivité scénique jubilatoire. Une plongée féroce dans l’absurdité du pouvoir, où le rire côtoie l’effroi.

Macbett : le pouvoir en pièces

Macbett n'esr pas celui de Shakespeare mais celui d'Eugène Ionesco. La pièce précipite les personnages du dramaturge anglais dans une mécanique absurde où l’ambition dévore toute humanité. Le général Macbett, guidé par les prédictions d'une mystérieuse sorcière, finit par assassiner l’archiduc Duncan, qu'il servait auparavant. Il s’empare de la couronne. Devenu tyran, il s’enfonce dans une spirale meurtrière qui le conduit inexorablement à la solitude et à la mort. La Cie Les Dramaticules transforme cette tragédie du pouvoir en farce féroce qui révèle la folie des hommes.

Dès les premières images, le plateau semble jonché de terre et de cendres, vestiges d’un champ de bataille dont la violence continue de hanter les lieux. Des nappes de fumée envahissent l’espace, laissant émerger des silhouettes aux allures de spectres échappés d’un cauchemar. Les éclairages de Thomas Chrétien, très réussis, sculptent les volumes et ouvrent des zones d’ombre propices aux apparitions. Fantômes, sorcières et ombres menaçantes prennent ainsi possession du plateau et des murs, comme dans un conte maléfique. Une fumée écarlate embrase la scène. Ainsi, le sang versé paraît-il contaminer jusqu’à l’air respiré.

Le travail sonore complète cette composition avec une inventivité réjouissante. Musiques épiques de films et bruitage off des scènes jouées soulignent le second degré à l'oeuvre. Des épées jaillissent de leurs fourreaux dans un fracas métallique. Un rideau invisible est tiré : Macbett ( Jérémie Le Louët) fait mine de se cacher derrière. Des balles sifflent tandis que les comédiens feignent de les esquiver tout en poursuivant leurs répliques. Quelques explosions ponctuent les affrontements. Des croassements de corbeaux et le souffle du vent sur une plaine dévastée composent un paysage de guerre. L’emprunt à l'univers sonore des films d’action nourrit un décalage savoureux entre la violence suggérée et le jeu burlesque. Le spectaculaire tourne à l’absurde et glorifie la puissance d’illusion du théâtre.

Macbett, Jérémie Le Louët
© Justine Taverne

L’étoffe des tyrans, la cervelle des pantins

Cette théâtralité débridée trouve son prolongement dans des costumes particulièrement soignés d'Isabelle Granier. Les étoffes lourdes, où dominent le vert, le doré, le rouge et le noir, inscrivent chaque personnage dans sa fonction. Les vêtements emprisonnent les corps dans une représentation figée, soit de la soumission, soit de l’autorité. Tout en proposant des écarts facétieux. Celui qui tue Macbett arrive ainsi en culotte courte casqué d'un heaume de chevalier.

Les personnages ressemblent à des pantins marqués au fer rouge par la folie et la bêtise. Le trône de Duncan, surmonté d'une couronne dorée, est monté sur roulettes. L’objet sacré du pouvoir devient un accessoire mobile, presque un jouet, que l’on déplace au gré des ambitions. L'objet s'inscrit dans une parade grotesque qui résume la dimension dérisoire des conquêtes politiques. Lorsqu’il sert encore Duncan comme général, Macbett obéit aveuglément aux ordres avec une docilité aussi stupide que déconcertante. Cette soumission prépare sa propre tyrannie.

Les interprètes de la Compagnie Les Dramaticules insufflent à cette galerie de figures une énergie explosive. Tout va vite, le texte comme l'action. Dominique Massat campe une Lady Duncan altière et redoutable, face à son mari, (Julien Buchy,) pleutre et tyrannique. Les gestes d’autorité tournent à la pantomime et les postures héroïques s’effondrent sous le poids de leur emphase. Le ridicule se mêle au tragique, dévoilant des êtres interchangeables. Macbett (Jérémie Le Louët) et Banco (Laurent Papot) sont ainsi de véritables sosies sur scène, unis dans la même médiocrité. Mais, derrière la bouffonnerie apparaît une vérité plus inquiétante, celle d’un pouvoir dont la violence repose sur la servilité de ceux qui le servent.

Par son inventivité scénique et son interprétation énergique, la Compagnie des Dramaticules donne à Macbett une résonance contemporaine saisissante. Dans un monde traversé par les conflits et les poussées autoritaires, cette farce noire rappelle la facilité avec laquelle la brutalité accède aux sommets dès lors que l’obéissance tient lieu de conscience.

L'avis de M La Scène :

MMMM

Lire d'autres critiques de M La Scène sur des précédentes créations de la Cie Les Dramaticules :

Critique Hamlet  

 Critique La Montagne cachée .

Les représentations dans le cadre du Festival Off d'Avignon ont été suivies d'entretiens avec le metteur en scène Jérémie Le Louët que vous pouvez découvrir sur la page des critiques.

Applaudissement après la représentation. Théâtre Juliette Récamier le 17 octobre 2026

TitreMacbett
TexteEugène Ionesco
Mise en scèneJérémie Le Louët
LieuThéâtre Juliette Récamier
DatesJusqu'au 20 décembre 2026
Durée1H30
NoteMMMM
Site officielVoir le spectacle
Distribution

Cie Les Dramaticules

Avec
Julien Buchy dans le rôle de Duncan
Anthony Courret dans le rôle de Candor
Jonathan Frajenberg dans le rôle de Glamiss
Jérémie Le Louët dans le rôle de Macbett
Dominique Massat dans les rôles de Lady Duncan puis Lady Macbett et la Sorcière
Laurent Papot dans le rôle de Banco

Texte écrit par Eugène Ionesco en 1972 d’après Macbeth de William Shakespeare
Adaptation et mise en scène Jérémie Le Louët
Scénographie Blandine Vieillot
Construction Guéwen Maigner
Costumes Isabelle Granier
Lumière Thomas Chrétien
Son Théo Pombet
Régie Thomas Chrétien & Théo Pombet
Direction de production Noémie Guedj
Production & logistique des tournées Chloé Le Forestier

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