Critique Vivre sa vie mise en scène Charles Berling #OFF19

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Critique Vivre sa vie

Charles Berling au Théâtre des Halles rate son adaptation théâtrale du film de Jean-Luc Godard « Vivre sa vie ». L’artificiel et le propos creux assèche le spectacle malgré un dispositif scénique riche de propositions.

Vivre sa vie et passer à côté

Vivre sa vie, c’est donc avant tout un film de Jean-Luc Godard. Tourné en 1962, en noir et blanc, le film, découpé en douze tableaux, raconte l’histoire d’une jeune femme, Nana, qui rêve de devenir actrice mais qui sera réduite à la prostitution pour survivre. Nana est interprété par Anna Karina. Entre les deux prénoms, une sonorité gémellaire revendiquée par le cinéaste. « C’est notre histoire. Un peintre qui fait le portait de sa femme ». Le visage de l’actrice est, en effet, cadré au plus près, sa beauté comme volontairement encadrée, emprisonnée, scrutée, pour en retenir le mystère et l’éclat.

Pour Charles Berling, « l’idée n’est pas de réaliser une simple adaptation du film, mais de dialoguer avec lui. » Pour se faire, il s’agissait « de construire le texte du spectacle avec les trois interprètes », Pauline Cheviller, qui tient le rôle d’Anna Karina, Sébastien Depommier et Hélène Alexandridis, qui jouent « plusieurs rôles, tour à tour femme ou homme », ainsi qu’avec Irène Bonnaud, sa dramaturge et « Grégoire Léauté à la guitare comme avec toute l’équipe artistique. » À cette écriture de plateau, des voix de femmes ( Marguerite Duras, Simone Veil, Grisélidis Réal,Virginie Despentes) se sont mêlées. Hélas, ce nouveau tissu textuel ne densifie pas l’original. L’ensemble reste artificiel et défait l’intérêt.

Une dispositif scénique riche de propositions

Pourtant, le dispositif scénique est riche de propositions. Conçu en deux espaces distincts, le plateau est séparé du fond de scène par un grand miroir. Celui-ci, au tout début, crée l’illusion d’une bi-frontalité qui peut renvoyer le spectateur à sa propre image. Ensuite, le miroir s’efface. comme une vitre sans tain, il donne à voir, en transparence, les aspects le plus crus de la prostitution. Le spectateur se fait voyeur. Une scène retient l’attention. Celle où Nana (Pauline Cheviller) rencontre son premier client. L’ombre du prédateur est travaillée de telle manière qu’il apparaît comme un géant avide prêt à dévorer le corps frêle de la jeune femme qui décroît comme celui d’une enfant. 

Même si nous  retrouvons la thématique, des passages musicaux ou des rappels de scènes de « Vivre sa vie » de Godard, l’ensemble décousu et artificiel, tient le spectateur à distance. Le charme, l’étrangeté, la vie qui irriguait le film ont disparu.


  • HALLES (THÉÂTRE DES) à 19h
  • D’après le film « Vivre sa vie » de Jean-Luc Godard, Textes de Virginie Despentes, Marguerite Duras, Henrik Ibsen, Bernard-Marie Koltès, Grisélidis Réal, Sophocle, Frank Wedekind, Simone Weil
  • Metteur en scène : Charles BERLING
  • Interprète(s) : Hélène Alexandridis, Pauline Cheviller, Sébastien Depommier
  • Dramaturge : Irène Bonnaud
  • Assistant à la mise en scène : Matthieu Dandreau
  • Scénographe : Christian Fenouillat
  • Lumière : Marco Giusti
  • Musique : Sylvain Jacques
  • Video : Vincent Bérenger
  • Vidéo : Cyrille Leclerq

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Teaser de vivre sa vie

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