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Critiques Théâtre et Danse

Rabudôru, poupée d’amour mise en scène Olivier Lopez

Rabudôru, poupée d'amour (c) Virginie Meigné
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Rabudôru, poupée d’amour d’Olivier Lopez propose une réflexion pleine d’humanité sur la quête du profit. Avec finesse, à travers le phénomène des « love-dolls« , de nombreuses thématiques sont abordées, éthique, marchandisation du corps de la femme, luttes sociales et fin de vie.


La chair des poupées

Les Rabudôru sont au Japon des poupées grandeur nature en silicone pour servir de « partenaires de substitution » à des « otaku« . Pour ces hommes japonais, il s’agit comme le dit l’anthropologue Agnès Giard, d’un « suicide social ». Refusant de rentrer dans un modèle contraignant qui ne peut que les exploiter, les propriétaires de Rabudôru « aspirent à un autre modèle et le signalent, de façon presque provocatrice, en jouant à la poupée. » La pièce d’Oliver Lopez s’intéresse à ce phénomène et offre une réflexion pleine d’humanité sur les diverses questions qui le sous-tendent.

Une firme japonaise rachète une entreprise française et modifie l’objet de production. Finis les jouets et les poupées enfantines. La firme nippone décide de lancer la Rabudôru en Europe. Au sein d’un couple qui travaille dans l’entreprise, deux visions s’affrontent. Nora organise la résistance. Pour elle, fabriquer ces femmes en silicone est inacceptable. Ces poupées « d’amour » lui font craindre le pire dans les relations humaines. Pour son mari, Thierry, en revanche, c’est une opportunité de gagner plus d’argent, d’investir, une chance de promotion et de reconnaissance. Derrière la chair factice de ces poupées, c’est, à la fois celle des salariés et celle du couple qui attend un enfant, que l’on scrute.

A la croisée du théâtre et du cinéma

Olivier Lopez a opté pour un dispositif mobile qui fait se croiser théâtre et cinéma. Sur la scène, des caméras manipulées par les régisseurs ou les acteurs eux-mêmes, offrent un point de vue augmenté sur ce qui est en train de se jouer. Les gros plans permettent d’entrer dans la psychologie des personnages, de les cerner au plus près, comme pour en traquer les ressorts intérieurs. Ces images prises sur le vif, projetées en direct sur deux écrans en fond de scène, apportent « des contre-points à l’action du plateau. » Des portiques mouvants, manipulés également à vue, découpent l’espace selon les situations et les éclairent grâce à des tubes fluorescents verticaux à l’intensité modulable.

Rabudôru, poupée d’amour séduit aussi par la qualité de ses interprètes. Alexandre Chatelin, Laura Deforge, Didier De Neck, David Jonquières, apportent tous un supplément d’âme à leurs personnages. Chacun d’eux parvient à incarner une fêlure profondément humaine. Le ton, à la fois grave et léger de la pièce, passe par un écart entre le réel du langage et le jeu distancié où pointe l’humour. Au tragique des événements se mêle une fantaisie facétieuse. Laura Deforge, face à ses camarades d’atelier, tient un discours militant coiffée d’un « chapeau bite » rose. C’est orné du même chapeau que son mari, Alexandre Chatelin, s’adresse à elle pour sauver son couple. Le médecin, David Jonquières, transformé par la présence de la Rabudôru, entreprend un tour de chant « hallydéen« . Quant au père, magnifiquement interprété par Didier De Neck, atteint Alzheimer, il clame des tirades du Roi Lear, avant de s’enfoncer dans l’oubli et la mort. 

Un spectacle original, à voir au Théâtre des Halles

Pour en savoir plus sur le phénomène des  Rabudôru au Japon, on peut lire le livre de l’anthropologue Agnès Giard, Un désir d’humain. Les love doll au Japon, Les Belles Lettres, coll. « Japon », 2016.


 

INterview de didier de neck, interprète de rabudôru par M LA SCÈNE


Rabudôru, Poupée d’amour

Théâtre des Halles

du 7 au 30 juillet – Relâches : 13, 20, 27 juillet

à 14h00

Auteur : Olivier Lopez
  • Metteur en scène : Olivier Lopez
  • Assistante à la mise en scène : Lisa-Marion McGlue
  • Collaboration dramaturgique : Julie Lerat-Gersant
  • Interprète(s) : Alexandre Chatelin, Laura Deforge, Didier De Neck, David Jonquières
  • Musique : Nicolas Tritschler
  • Régie : Simon Ottavi, Olivier Poulard, Louis Sady

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