Critique Oncle Vania

Mise en scène Galin Stoev

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A l’Odéon, Galin Stoev met en scène Oncle Vania de Tchekhov dans une nouvelle traduction. Servie par une distribution enlevée, la mise en scène allègre du directeur du ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie souligne les enjeux les plus contemporains du texte.

Le charme du désenchantement

Oncle Vania d’Anton Tchekhov est une comédie du désenchantement. Sérébriakov, un vieux professeur à la gloire ternie, revient avec sa jeune et séduisante épouse, Eléna, dans la maison de sa première femme décédée. Sa fille Sonia, et celui qu’elle appelle Oncle Vania, gèrent le domaine, avec parcimonie, depuis des années. L’arrivée du couple perturbe l’ennuyeuse organisation de la maison et ravive les coeurs éteints. Astrov, le médecin de campagne, grand défenseur de la forêt et Vania, succombent au charme d’Eléna. Tandis que Sonia n’ose avouer son attachement pour le docteur. Chacun aspire au bonheur, mais rongé par les frustrations, semble incapable de s’y abandonner.

Le metteur en scène d’origine bulgare, Galin Stoev choisit de placer la scène dans un entre-deux temporel. Si les costumes (Bjanka Adžić Ursulov) évoquent par le beige et le blanc, les teintes portées par des Russes en villégiature, le décor suggère celui d’une salle qui tient presque lieu d’entrepôt. Des pneus trainent. Des cartons sont manipulés. On bricole des fils électriques dans les murs. Un téléphone d’entreprise côtoie un samovar. Une porte grillagée coulissante sépare à peine le dedans du dehors. Celui-ci donne, d’un côté, sur un rideau de lames en plastique et, de l’autre, sur le fond de scène doté de projecteurs.

La scénographie imaginée par Alban Ho Van et Galin Stoev n’en est pas pour autant fermée. Elle ouvre sur des espaces que le regard ne peut pas atteindre mais qui, par la fluidité de la mise en scène, existent et vivent. La salle est un lieu de passage où les personnages déposent leurs regrets, leurs frustrations, leurs désirs inassouvis, leurs confidences et leurs aspirations au bonheur.

Une distribution enlevée

La distribution est un élément fort de la réussite du spectacle. Des comédiens de la Comédie-Française (Suliane Brahim, Catherine Ferran, Andrzej Seweryn) côtoient de jeunes actrices ( Marie Razafindrakoto en alternance avec Élise Friha) de l’AtelierCité, la troupe éphémère du ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie. Galin Stoev indique qu’il souhaitait des « personnages forts et affirmés » , très vite reconnaissables. Oncle Vania est pour lui « une pièce de bataille, avec une sensibilité et des codes extrêmement contemporains.  »  C’est pour cette raison qu’il fallait « des caractères singuliers » .

En début de spectacle, chacun des personnages prend place sur une chaise face public alors que la salle est encore allumée. Alignés sur leur ligne de front, ils sont prêts au combat, à la joute verbale. Positionnés les uns à côté des autres, ils empruntent une pose figée qui semble les prédéfinir. C’est la nounou, qui à l’aide d’un bâton, en leur touchant l’épaule, les sort de leur engourdissement. Le médecin, Astrov, se saisit le premier du bâton de parole.

Cyril Gueï incarne cet homme animé par une fougue salutaire lorsque qu’il parle des dangers qui guettent la forêt et les hommes par ricochet. On est frappé encore une fois par le talent de l’acteur – découvert pour nous dans l’Iliade mis en scène par Luca Giacomoni – et par, l’extrême modernité du texte de Tchekhov. Visionnaire, le dramaturge russe aborde dans la pièce de façon frontale les conséquences de la déforestation, non seulement sur la nature mais aussi sur l’homme. Ce soir-là, l’engagement était, jusqu’à la fin, sur le plateau. Lors du salut, Andrzej Seweryn tenait un drapeau ukrainien entre ses mains.


La mise en scène alerte de Galin Stoev séduit par son inventivité. Il propose une vision de la pièce de Tchekhov, Oncle Vania, débarrassée de ses possibles lourdeurs mélancoliques, au profit d’une musique enlevée, non dénuée de questionnements profonds.

Les LM de M La Scène : LMMMMM


Oncle Vania

d’Anton Tchekhov

Odéon 6e    2 – 26 février

mise en scène Galin Stoev
création 2023

avec Suliane Brahim de la Comédie-Française, Caroline Chaniolleau, Sébastien Eveno — Comédien permanent associé au projet de direction de la Comédie – CDN de Reims, Catherine Ferran — sociétaire honoraire de la Comédie-Française, Cyril Gueï, Côme Paillard, Marie Razafindrakoto en alternance avec Élise Friha, Andrzej Seweryn — sociétaire honoraire de la Comédie-Française

texte français Virginie Ferrere et Galin Stoev
scénographie Alban Ho Van
lumière Elsa Revol
création son et musique Joan Cambon avec l’aide pour la création des machines musicales de Stéphane Dardé
Dressage 
et Vincent Desprez
costumes Bjanka Adžić Ursulov
collaboration artistique et assistanat à la mise en scène Virginie Ferrere
régie Générale Léo Thevenon

réalisation du décor dans les Ateliers de construction du ThéâtredelaCité sous la direction de Michaël Labat


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