Le Quatrième mur mise en scène Julien Bleitrach & Cyril Manetta

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Le Quatrième mur (c)Alejandro Guerrero
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Julien Bleitrach et Cyril Manetta mettent en scène une adaptation du roman choc de Sorj Chalandon Le Quatrième mur, prix Goncourt des lycéens 2013, au Théâtre Les Déchargeurs et offrent un seul-en-scène puissant et réussi.

Soutenir la gageure

Le Quatrième mur de Sorj Chalandon ne cesse d’être théâtralement interrogé. En janvier dernier, Jean-Paul Wensel au Théâtre de l’Épée de bois, présentait déjà une adaptation de ce roman. Huit comédiens, dans un dispositif tri-frontal, tentaient de porter sur scène le roman sans parvenir à en transposer la matière tragique. Lestés de l’écriture fiévreuse et coupante de Chalandon, les événements racontés, pris dans leur flux chronologique, échouaient à émouvoir comme avait pu le faire le texte premier.

Julien Bleitrach et Marc Beaudin adaptent aussi le roman. Leur parti-pris est audacieux. Un acteur sur scène : Julien Bleitrach. Seul. Un acteur pour porter le souffle poignant de l’écriture. Un acteur pour faire vivre cette folie arrachée à la guerre. Un acteur pour incarner ces Druzes, Palestiniens sunnites, Chrétiens maronites ou arméniens, Chaldéens, Chiites, qui en 1982 dans un Liban déchiré, acceptent le projet utopique d’un metteur en scène grec et juif : voler quelques heures à l’horreur pour jouer l’Antigone de Jean Anouilh dans les ruines d’un cinéma de Beyrouth, éventré par les bombes.

Le Quatrième mur
Le Quatrième mur (c)Alejandro Guerrero

Un défi relevé

Si ce seul en scène fonctionne, c’est qu’il s’appuie sur une illusion. Il s’agit de briser le quatrième mur mais en maintenant l’élément fictionnel. Le public est délibérément un des personnages. C’est à nous que Georges rend compte des événements et se confie. Nous sommes partie prenante d’un dialogue factice qui se réalise pourtant dans l’instant du jeu.

La scénographie, très sobre, nourrit avec justesse un des aspects qui avait été occulté dans la mise en scène de Wenzel : l’enfermement de Georges, lent et tragique, dans la folie. Trois panneaux blancs cadenassent l’espace. Sur le sol, un rectangle blanc suggère un quatrième mur symboliquement à terre. Comme un renversement déjà opéré. Quand le personnage découvre les massacres de Sabra et Chatila, les feuilles blanches qu’il avait compulsivement scotchées sur les panneaux, relèvent, sous la lumière bleue d’une torche maniée dans le noir, les images qui le hantent. Dessins dérisoires. Horreur absolue.

Le travail sur la lumière ( Cyril Manetta) est une des réussites du spectacle. L’éclairage est un des acteurs de la dramaturgie. L’espace mental se substitue au réel. Inutile de montrer des armes sur scène pour dire la menace ou le danger. Facilité dérangeante que l’on observe trop souvent. La lumière et le placement de l’acteur produisent un effet plus saisissant pour peu qu’il y ait eu une réflexion scénographique en amont. Ce qui est le cas ici.

Le Quatrième mur, mis en scène par Julien Bleitrach et Cyril Manetta ( Compagnie L’Autre monde ) aux Déchargeurs, s’empare du texte de Sorj Chalandon pour en restituer la force fiévreuse dans un seul-en-scène poignant. 

Le 4ème mur de Sorj Chalandon
Date(s) : du 12 février 2019 au 2 mars 2019
Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi à 19h30

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