
À la Scala Provence, par sa mise en scène foisonnante d’énergie et de vitalité, Léna Bréban embrase La Folle Journée ou Le Mariage de Figaro avec une audace vivifiante. Fidèle au texte de Beaumarchais tout en en révélant la portée politique et féministe, elle offre une lecture incisive, d’une brûlante actualité, portée par une troupe d’exception et un Philippe Torreton habité.
« Une Folle Journée qui résonne follement aujourd’hui »

Lire des extraits de l’interview avec Léna Bréban et Philippe Torreton sur Le Mariage de Figaro
Rencontre et impulsion du projet
Dans cette interview Léna Bréban explique l’origine de l’aventure et la motivation artistique initiale : la collaboration avec Philippe Torreton et l’actualité brûlante de la pièce La Folle Journée ou le Mariage de Figaro :
« Moi c’est pour Philippe parce qu’en fait on m’a proposé de faire ce projet. J’avais très envie de travailler avec Philippe et en relisant la pièce que j’avais lue il y a longtemps, je me suis dit, non seulement je vais avoir l’opportunité de travailler avec cet acteur que j’aime énormément et avec lequel j’avais envie de collaborer, et puis j’ai aussi découvert qu’on allait pouvoir avoir un sujet de travail fantastique parce que la pièce est incroyablement d’actualité et qu’elle raisonne de façon complètement folle. C’est une folle journée qui raisonne follement aujourd’hui.«
Figaro, un compagnon de route
Lors de l’interview Philippe Torreton revient sur son lien ancien avec ce rôle : premiers pas au Cours Simon, Comédie-Française, et évidence du choix.
« Après avoir eu le bac difficilement, mes parents m’ont dit ‘Bon tu veux faire du théâtre mais il faudrait que tu prennes des cours à Paris. Et donc ils m’ont inscrit au cours Simon où il y avait soit-disant un concours d’entrée. J’ai appris par cœur le monologue de Figaro. C’est donc le premier texte que j’ai appris vraiment dans le but de faire du théâtre. »
L’âge comme enjeu dramatique
L’écart d’âge avec les personnages devient un moteur de jeu : intensité des enjeux, gravité accrue des situations.
« D’être tous un peu passés 50, on va dire que ça rend les enjeux plus forts, ce n’est pas la même chose de se marier à plus de 50 ans qu’à 30 ans. Ce n’est pas la même chose de découvrir qui est sa mère à presque 60 ans […], c’est presque trop tard surtout à l’époque. »
Trahison, colère et repartie
Le conflit avec le comte place Figaro au bord de la rupture : amertume, colère, répondant.
« Apprendre le jour de son mariage, le matin de son mariage, que celui avec qui je travaille depuis des années cherche à attraper ma femme dans les couloirs, c’est une trahison sans nom.Donc oui, il a de l’amertume ! Oui, il est en colère et oui, il se permet de lui répondre du tac au tac !.«
Corps, rythme, sensualité : un parti pris de mise en scène
Léna Bréban revendique une approche physique et sensible de la représentation, où le burlesque côtoie la profondeur.
« Moi, j’ai besoin de rentrer dans un texte avec le corps aussi. C’est comme s’il y avait deux aspects. Il y a l’aspect de ce qui se dit puis l’aspect de ce qui se voit, de ce qui se sent, de ce qui se ressent. La sensualité, c’est très important pour moi […] parce que pour raconter la domination, il faut raconter l’amour. pour raconter le non, il faut raconter le oui. Il y a un mélange de choses profondes et légères et c’était exactement, il me semblait, ce qu’il y avait dans l’écriture de Beaumarchais.«
Deux silences : Marceline et le grand monologue
Deux moments suspendus structurent la soirée : le discours de Marceline et la tirade de Figaro.
« Les acteurs français ont décidé de couper le monologue de Marceline. Donc pour moi, tous les soirs, c’est un grande émotion de me dire que ce passage qui a été écrit par un homme au 18e siècle, c’est fou. […] qu’il soit entendu et qu’il raisonne avec autant d’actualité, c’est très émouvant pour moi. »
« Et puis pareil pour le le monologue de Figaro, c’est d’un culot de la part de Beaumarchais d’écrire cette chose. Il écrit presque son autobiographie en plein milieu de la pièce et il dit ‘Je vais la mettre là’.«
Une charge politique assumée dans le Mariage de Figaro
Le texte porte une critique sociale directe ; certaines répliques conservent leur force subversive.
« Quand Figaro se permet de dire : si le ciel l’eut voulu, je serais fils d’un prince […], il n’y a pas plus révolutionnaire que de dire ça à un noble en face de lui […] dire ça au 18e siècle, c’est gonflé quand même.«
Scénographie : construction, déconstruction, dernière image
« Le dispositif scénique matérialise la fin des privilèges et renverse l’image finale. On était parti de deux idées. Une […] d’un monde en construction déconstruction, ce qui est une allégorie de notre monde en fait […]la fin des privilèges, l’abolition des privilèges […] et puis aussi la fin des privilèges tout court et de la domination de l’homme sur la femme. La dernière image de ce spectacle est très parlante. C’est le compte qui part de la fête […] c’est notre épilogue […] aujourd’hui les hommes qui décident d’attraper les femmes dans les couloirs, ils sortent de la fête. »
Conclusion
Entre énergie de plateau, écoute des textes et lecture politique, l’entretien éclaire la logique de jeu et de mise en scène : un équilibre revendiqué entre burlesque et gravité, intimité et charge sociale.
La Folle journée ou Le Mariage de Figaro
La Scala Paris Reprise
du 4 septembre 2025 au 6 janvier 2026.
Détails et billetterie sur La Folle Journée ou Le Mariage de Figaro — Scala Paris (page officielle)
Spectacle vu à La Scala Provence dans le cadre du Festival Off d’Avignon.
Texte Beaumarchais
Adaptation Léna Bréban.
Mise en scène Léna Bréban.
Avec Philippe Torreton, Marie Vialle, Éric Bougnon, Gretel Delattre, Salomé Dienis Meulien, Annie Mercier, Jean-Jacques Moreau, Grégoire Œstermann, Antoine Prud’homme de la Boussinière, Jean-Yves Roan.
Assistante mise en scène Ambre Reynaud.
Scénographie Emmanuelle Roy.
Costumes Alice Touvet.
Perruques Julie Poulain.
Lumières Denis Koransky.
Compositeurs Victor Belin et Raphaël Auclerc.