L MMMM L’Avare mise en scène Ludovic Lagarde

L'Avare (c) Pascal Gély
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Un « Avare » jubilatoire

A l’Odéon, Ludovic Lagarde propose un avare de Molière résolument moderne, où l’accumulation d’un seul, crée la frustration de tous.

Emmagasiner. Amasser. Stocker. La passion dévorante d’Harpagon éclate aux yeux de tous avant même que la pièce ne commence. Sur le plateau, aucun meuble. Mais, des cartons, des malles, des caisses, qui s’entassent les unes sur les autres, saturant l’espace de leurs présences étouffantes, castratrices de liberté. La scénographie, imaginée par Antoine Vasseursaisissante de justesse, donne à voir l’enfermement des objets et métaphoriquement celle des êtres. La première scène est à ce titre explicite, Elise (Myrtille Bordier)  et son amant Valère ( Alexandre Pallu) apparaissent en sortant d’une grande boite où ils se cachaient pour faire l’amour. Nulle échappatoire. Les marchandises comme les hommes sont sous clefs, à la merci de celui qui les tient sous sa domination jalouse.

Cet homme insensé qui accumule les biens de façon compulsive au point d’en interdire toute circulation, c’est Harpagon, personnage emblématique de la comédie de Molière, parangon de l’égoïsme moderne. Pour l’interpréter, Ludovic Lagarde en a confié le rôle à Laurent Poitrenaux. Sa folie n’a d’égal que sa cruauté. Il est hilarant, et tout autant, terrifiant. Fusil à la main, il impose une fouille intégrale à La Flèche (Julien Storini), jette à terre Elise, mord l’oreille de Cléante (Tom Politano), mutile la main de Maître Jacques ( Louise Dupuis). La barbarie domestique n’a pas de limites dès qu’il s’agit de protéger la prunelle de ses yeux, non pas ses enfants mais, ses biens et son argent.

Avare Ludovic Lagarde
L’Avare (c) Pascal Gély

« Mon pauvre argent »

 Ludovic Lagarde fait résonner avec âpreté l’oxymore célèbre de Molière. La mise en scène n’offre aucun répit. La course frénétique de l’avare pour protéger ses valeurs révèle qu’il n’en a aucune. Richesse claquemurée. Pauvreté d’âme. Pas de « deus ex machina » dans cette version. La scène se vide. Des machinistes à vue enlèvent une à une les piles de caisses tandis qu’Harpagon se démène encore pour retrouver sa cassette. Bientôt, seul, sur un plateau nu, le personnage se retrouve face à ce qui sera son tombeau, un container dans lequel il disparaît, visage et bras, couverts d’or. Et dans un clin d’œil final, Maître Anselme entre, un bouquet de fleurs à la main. Dépité de ne trouver personne, il finit par le poser sur le container, la tombe d’Harpagon.

Soutenue par l’énergie des jeunes comédiens de la Comédie de Reims, par le formidable Laurent Poitreneaux  et l’irrésistible Christèle Tual (Rosine), la mise en scène de Ludovic Lagarde est une réussite.

2 – 30 juin – Odéon 6e

avec
Marion Barché
Myrtille Bordier
Louise Dupuis
Alexandre Pallu
Laurent Poitrenaux
Tom Politano
Julien Storini
Christèle Tual
et Jean-Luc Briand, Élie Chapus, Benjamin Dussud, Sophie Engel, Zacharie Jourdain, Élodie Leau, Benoît Muzard

http://www.theatre-odeon.eu/#3

 https://mlascene-blog-theatre.fr/

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