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Dos au mur conception Kami & Bee D

Dos au mur, Kami, Bee D, (c)Dan Aucante
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Dans Dos au mur, les deux breakers, Camille Regneault « Kami » et Julien Saint Maximin « Bee D »  construisent un univers onirique et sensible qui séduit. 

INTERVIEW DE CAMILLE REGNEAULT ET DE JULIEN SAINT-MAXIMIN PAR MARIE-LAURE BARBAUD M LA SCÈNE

Breaking Wall

Issu de la culture Hip Hop, le « breaking »  a pour particularité de mettre en avant les figures acrobatiques. « Powermoves » , « coupoles » , « six-step »  ou « freezes »  s’enchainent au sol. Camille Regneault « Kami » et Julien Saint Maximin « Bee D » sont deux breakers. Présents sur le champ des « Battles » , ils ont obtenu de nombreux titres sur la scène nationale et internationale. Mais leur travail de danseurs auprès de chorégraphes, comme Pierre Rigal, leur a donné l’impulsion pour créer la Compagnie Yeah Yellow .

Dos au mur est leur première création. En 2018, une première version courte est élaborée pour le Festival Suresnes Cité Danse. Une version longue se développe pour le théâtre de la Manufacture de Saint-Quentin. Leur chorégraphie se construit autour d’un élément fort : un mur. Composée de trois hauts caissons, cette paroi verticale offre de nouvelles possibilités pour les danseurs qui évoluent habituellement au sol.  » Ça nous donnait une autre surface, un autre plan, qu’on n’utilise pas normalement. Ça nous permettait de breaker sur le mur.  »  ainsi que l’indique Kami.

Mais, le mur, c’est aussi ce qui sépare et empêche. Des voyages aux Etats-Unis ou en Palestine, pour des spectacles ou compétitions, ont sensibilisé les deux artistes à la violence que représente une barrière qu’il est impossible de franchir.

Si proches, si loin

Dos au mur, il y aura donc combat. Dans le noir, la surface grise et massive tranche. Des ombres se découpent. Les danseurs aux accents robotiques tentent d’appréhender la surface qu’ils découvrent. Lutte, rêverie, exploration, découverte, menace, se succèdent. Le mur bouge, rejette, absorbe. Les mains et les corps, au ralenti ou convulsifs, tentent de résister et de survivre.

Éclairé par les très belles lumières de Frédéric Stoll, le décor acquiert une épaisseur redoutable et changeante à laquelle les personnages doivent faire face. Les images créées ouvrent l’imaginaire. On pense à Pyrame et Thisbé, les amants mythiques cherchant à se parler par la fente d’un mur, à Roméo, éclairé par la lune et Juliette à son balcon, aux murailles terribles du film « Le Labyrinthe » .

Kami et Bee D breakent au sol, sur la paroi. Ils poussent les limites de l’équilibre et du déséquilibre. La verticalité est travaillée jusqu’au bout. Hissée sur l’un des caissons, la danseuse expérimente le danger. Comme en apesanteur, les deux interprètent paraissent parfois suspendus entre deux mondes. Si proches et pourtant si loin, les danseurs dressent les contours d’un monde plein d’âpreté où les corps se disloquent et finissent par disparaître.


Dos au mur, la création de Camille Regneault et Julien Saint Maximin est une réussite, scénographie et chorégraphie s’enrichissent mutuellement. ♥♥♥♥♡


Dos au mur

Au Monfort Théâtre

Festival (DES)ILLUSIONS 2022

Conception, scénographie et chorégraphie : Camille Regneault « Kami » et Julien Saint Maximin « Bee D »
Danseurs : Camille Regneault « Kami » et Julien Saint Maximin « Bee D »
Composition musicale : Julien Lepreux
Création lumière : Frédéric Stoll
Constructeur décor : Jipanco


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