Derrière le génie de Verdi, se tient un homme que l’amour et la musique ont façonné à jamais. Au Théâtre Hébertot, Viva Verdi, écrit par Pierre-Olivier Scotto et mis en scène par Raymond Acquaviva, fait revivre le destin intime du compositeur italien dans une fresque où le théâtre rencontre la puissance du chant lyrique.
Viva Verdi : dans les coulisses d’une vie en musique
Viva Verdi, mis en scène par Raymond Acquaviva, fait du plateau un espace de mémoire. La scénographie repose sur un rideau ajouré dont la transparence accueille des projections successives : intérieur bourgeois, loge d’artiste, théâtre, mansarde, pergola, sortie d’opéra ou encore église. Par un jeu subtil sur la profondeur, ces images composent les lieux de l’existence du compositeur italien sans imposer de lourdes constructions. Le dispositif conserve ainsi une légèreté bienvenue, tandis que les changements d’atmosphère accompagnent les étapes d’un destin voué à la musique.
Le spectacle s’ouvre sur un souffle de vent, bientôt rejoint par une orchestration ample. Trois coups précèdent le lever du rideau, selon un rituel hérité d’une tradition théâtrale, quelque peu datée. Cette entrée en matière installe néanmoins une solennité qui convient à l’évocation du compositeur. La simplicité du procédé contraste avec l’ingéniosité du dispositif visuel, dont les projections renouvellent l’espace au fil du récit. La scène se transforme ainsi en un lieu mouvant, où chaque image suggère un nouvel épisode de la vie du musicien.
Pierre-Olivier Scotto occupe une place singulière au cœur de sa propre œuvre. Auteur de la pièce, il prête sa présence à une figure qui relève autant de la conscience tourmentée de Verdi que du maître des cérémonies chargé d’orchestrer les transitions. À cette fonction s’ajoutent plusieurs incarnations secondaires, parfois humoristiques, curé revêche, garçon de café insolent. Cette pluralité relie les différents épisodes de la vie du compositeur. Elle souligne aussi le caractère hybride de cette proposition, à mi-chemin entre la fresque biographique et la fantaisie théâtrale.
Verdi : passion amoureuse et puissance musicale
Raymond Acquaviva donne au compositeur une épaisseur humaine qui dépasse le portrait d’un génie consacré. Son interprétation, à la fois juste et vigoureuse, restitue les blessures intimes d’un homme dont la gloire demeure indissociable des épreuves personnelles et de l'histoire politique de l'Italie. Le récit embrasse une existence entière, depuis les douze ans de Verdi jusqu’aux dernières années de sa vie, avec pour fil conducteur la relation exceptionnelle qui l’unit à Giuseppina Strepponi (Noémie Bianco). Maitresse, puis épouse du compositeur, elle devient également sa partenaire professionnelle et joue un rôle essentiel dans son parcours.
Leur histoire confère à la pièce son véritable centre émotionnel. L’évocation de leur vie commune révèle les fragilités d’un homme soumis aux exigences de la création et aux tourments de l’intimité. Le portrait gagne en intensité lorsque l’homme privé apparait derrière la figure monumentale du compositeur italien. Cette dimension sentimentale donne au récit sa portée humaine et éclaire subtilement la genèse de quelques chefs-d’œuvre.
La musique, présente sur scène, constitue l’un des attraits majeurs de Viva Verdi. Des extraits d’opéra (Nabucco, La Traviata, la Force du destin, Don Carlos, Othello ) prennent vie sur le plateau grâce à la soprano (Parwenn Savart) accompagnée au piano, par Quentin Morel. Cette présence musicale donne aux œuvres une immédiateté sensible et prolonge le jeu des comédiens par la force du chant. Les airs choisis rappellent combien l’écriture verdienne puise sa puissance dans les passions humaines. La musique devient ainsi une composante dramatique à part entière. Malgré quelques conventions propres à la fresque biographique, l’engagement des interprètes entretient l’intérêt de cette traversée théâtrale.
Viva Verdi célèbre la permanence d’un lien entre l’art et l’expérience intime, avec la conviction que les grandes œuvres musicales conservent leur pouvoir d’émotion bien au-delà de leur époque.
L'Avis de M La Scène :
MMMM
Applaudissements lors de la représentation du 11 octobre au Théâtre Hébertot
Distribution
De Pierre-Olivier Scotto
Mise en scène Raymond Acquaviva
Avec Raymond Acquaviva, Noémie Bianco, Pierre-Olivier Scotto, Guillaume Petit, Quentin Morant et Parveen Savart en alternance avec Emmanuelle Jakubek
Assistante mise en scène Célia Giuliano
Costumes Jean-Bernard Scotto
Producteur exécutif Romain Chesnel
Création lumière Philippe Sazerat
Scénographie Caroline Mexme
Photos Laura Bousquet