Critique Le Malade imaginaire

mise en scène Claude Stratz

1 245
Le malade imaginaire
(C) Christophe Renaud Delage

Au Théâtre des Champs-Élysées, la troupe de la Comédie-Française reprend, pour notre plus grand bonheur, Le Malade imaginaire, dans la mise en scène du regretté Claude Stratz. Créée en 2001, dans la « Maison de Molière » , cette comédie-ballet, vingt ans après, n’a rien perdu de sa force satirique et de sa réjouissante espièglerie.

 Un Malade en pleine forme

Pièce quasi testamentaire, Le Malade imaginaire est la dernière œuvre de Molière. Le soir de la quatrième représentation, le 17 février 1673, le dramaturge, ainsi que veut la légende, décède en scène. Mais, la mort n’a pas eu raison du « Malade » . Encore aujourd’hui, le spectateur ne peut résister au rire que la pièce fait naître et à sa force de vie.

S’il est un homme terrorisé par la mort, c’est bien Argan. Hypocondriaque, le maître de maison se pense malade et imagine ne devoir sa fragile santé qu’aux soins des médecins. Lavements, clystères, purgations et autres « remèdes » rythment ses journées. Son obsession monomaniaque l’aveugle et fortifie un terrible égoïsme. Argan ne voit pas que Béline, sa seconde femme, n’est animée que par la cupidité. Enfin, en père tyrannique, il projette de donner sa fille au neveu de son médecin traitant. « C’est pour moi que je lui donne un médecin.  » réplique-t-il sans vergogne à Toinette, sa servante, qui tente de le raisonner.

Guillaume Gallienne, qui a repris le rôle-titre en 2019, offre au personnage d’Argan une seconde jeunesse. Loin d’être odieux, il campe un homme dont le ridicule se mêle d’ingénuité. Le comédien, vêtu d’une longue blouse en lin, ouverte sur l’arrière, et affublé d’une couche volumineuse, ressemble à un grand enfant encore dans ses langes. Capricieux, égocentrique, le personnage burlesque se dote également d’un naïveté touchante.

Une comédie et des intermèdes

La mise en scène imaginée par Claude Stratz réactive la comédie-ballet telle qu’elle fut pensée par Molière. Si le prologue a disparu, les trois intermèdes, qui rythment chacun des trois actes, y sont bien présents. L’esprit de la Commedia dell’arte irrigue le travail scénographique (Ezio Toffolutti) et musical. Un petit rideau de lin froissé, à mi-hauteur, marque par son ouverture ou sa fermeture, les trois actes de la comédie. La toile évoque celle d’un tréteau de foire où se donnaient les farces. Les silhouettes dansantes des musiciens portant des masques, comme ceux des acteurs italiens, s’y projettent parfois en ombres chinoises.

La viole de gambe et le clavecin soutiennent la composition musicale originale de Marc-Olivier Dupin. Nourris des voix d’Élodie Fonnard (soprano), de Jérôme Billy (ténor) et de Jean-Jacques L’Anthoën (baryton-basse), les intermèdes musicaux dansés trouvent leur apothéose lors du final. Argan, quelque peu déboussolé, devient le centre d’une farandole de faux médecins, dans un décor où des murs se sont effondrés. Lors de son intronisation burlesque, le personnage, vêtu d’un grand manteau rouge et soyeux,  jure en « latin de cuisine »  d’être digne du bonnet qui fait de lui un désormais médecin. La comédie se clôt sur un moment hilarant. Guillaume Gallienne, désemparé mais heureux, mime timidement quelques gestes de la chorégraphie générale. Il finit par tourner sur lui-même, laissant apparaître sa grosse couche sous la corole rougeoyante du manteau que les autres participants soulèvent.

Le duo chanté entre Cléante (Christophe Montenez) et Angélique (Elissa Alloula) est, à n’en pas douter, un épisode savoureux. Les deux amants, au nez et à la barbe du père et du futur mari, se révèlent leurs sentiments. Le jeu de Christophe Montenez, plein d’énergie et de fulgurances volontairement incontrôlées, suscite pleinement le rire. Quant à Christian Hecq, qu’il apparaisse sous les traits de Monsieur Diafoirus, accompagné de son inénarrable fils (Clément Bresson) ou sous ceux de Monsieur Purgon, il déclenche à chaque fois l’hilarité. Le pouvoir comique du comédien est irrésistible.

La reprise du Malade Imaginaire, dans la mise en scène culte de Claude Stratz, est donc une réussite. Les comédiens de la troupe de la Comédie-Française font, encore une fois, honneur à l’esprit mordant et facétieux de Molière.

Les LM(elle aime) de M La Scène : LMMMMM

Le Malade imaginaire

de Molière

Théâtre des Champs-Elysées

Du 21/12 au 7/01

Claude Stratz | mise en scène (création 2001)
Ezio Toffolutti | scénographie et costumes
Jean-Philippe Roy | lumières
Marc-Olivier Dupin | musique originale
Sophie Mayer | travail chorégraphique
Kuno Schlegelmilch | maquillages, perruques et prothèses

Avec la troupe de la Comédie-Française
Alain Lenglet | Béralde
Coraly Zahonero | Béline
Denis Podalydès (en alternance) | Monsieur Diafoirus / Monsieur Purgon
Guillaume Gallienne | Argan
Julie Sicard | Toinette
Christian Hecq (en alternance) | Monsieur Diafoirus / Monsieur Purgon
Christophe Montenez | Cléante
Elissa Alloula | Angélique
Clément Bresson | Thomas Diafoirus / Monsieur Bonnefoy / Monsieur Fleurant

Mathilde Clément, Elisa Cronopol, Eléonore Gattuso Dhion, Alice Javary (en alternance) | Louison

Elodie Fonnard | soprano
Jérôme Billy | ténor
Jean-Jacques L’Anthoën | baryton-basse
Jorris Sauquet | clavecin
Marion Martineau | viole de gambe


Vous souhaitez lire une autre critique théâtre de M La Scène ? Celle-ci pourrait vous intéresser : Critique Andromaque de Jean Racine mise en scène et scénographie Stéphane Braunschweig

S'abonner à notre newsletter
laissez un commentaire

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à utiliser ce dernier, nous considérerons que vous acceptez l'utilisation des cookies. Accepter En savoir plus