Critique Architecture, Pascal Rambert #FDA19

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Architecture (c)GERARD JULIEN
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Critique Architecture

Pascal Rambert ouvre le Festival d’Avignon 2019. Dans la somptueuse Cour d’Honneur du Palais des papes, Architecture, échoue à bâtir un univers qui fasse palpiter l’Histoire. Malgré sa brillante distribution, la création, verbeuse, laisse trop souvent de marbre. 

La plainte du monde

Sur le plateau, le blanc immaculé. Tapis de sol, costumes, lumières, tout renvoie à la couleur d’un monde lisse, aisé. Bien ordonnancé, le mobilier épuré ponctue l’espace de taches plus sombres. Pourtant sous cette apparence cossue, à la neutralité savamment travaillée, se déploie des torrents de haine.

Nous sommes en Autriche, au début du XXème siècle, chez un brillant architecte (Jacques Weber) qui, d’une main de fer, dirige sa famille en la tenant sous un joug de violence et d’humiliation. Sa parole est volontairement castratrice. Seul un de ses fils (Stanislas Nordey) ose s’opposer à lui et le ridiculiser. Ses sarcasmes préfigurent ceux de l’Histoire. Ces gens qui ont tout, qui possèdent des professions enviées, qui se déchirent sans pouvoir communiquer autrement que par l’agressivité, seront brisés par la montée du fascisme. Il semble que derrière la haine, il faille entendre la plainte du monde.

Le Langage et seulement le langage

 On l’aura compris, la scénographie est au plus juste. La Cour d’Honneur du Palais des Papes, en 2018, avec Thyeste de Thomas Jolly avait été exploitée avec inventivité et force. Dans Architecture, Pascal Rambert donne la priorité au langage. (L’idée de la grande table rectangulaire, dressée de blanc pour les repas, se retrouve néanmoins. Évoquant ici, « le dernier souper » imaginé par De Vinci ) Le metteur en scène voulait « des gens sur un plateau presque vide qui parlent entre eux ». C’est effectivement ce qu’on voit. Et ce qu’on entend. Des gens qui parlent. Beaucoup. Dans un flot répétitif qui parait prendre plaisir à s’écouter reprendre les mêmes circonvolutions.

Restent les acteurs. Pascal Rambert a tenu à faire résonner leurs voix.  A chacun, il a ménagé un monologue. Face public, ceux-ci nous sont adressés sans équivoque. A nous, de recevoir cette parole, qui, d’un passé mortifère, interroge le présent. On retiendra les monologues puissamment portés de Marie-Sophie Ferdane et d’Emmanuelle Béart

Architecture de Pascal Rambert déçoit et ne parvient pas à émouvoir malgré quelques belles prises de parole. Pour un théâtre « politique », qui n’en a pas que le titre, il faudra attendre Le Passé qui déborde, Notre Odyssée II de Christiane Jatahy .


Critique Architecture

Festival d’Avignon, Cour d’Honneur du Palais de Papes à 21h30

Texte, mise en scène et installation Pascal Rambert

Interprétation  Emmanuelle Béart, Audrey Bonnet, Anne Brochet, Marie-Sophie Ferdane, Arthur Nauzyciel, Stanislas Nordey, Denis Podalydès de la Comédie-Française en alternance avec Pascal Rénéric, Laurent Poitrenaux, Jacques Weber
Collaboration artistique Pauline Roussille
Lumière Yves Godin
Costumes
Anaïs Romand
Musique
Alexandre Meyer
Chorégraphie
Thierry Thieû Niang
Chant
Francine Accolas
Conseil mobilier
Harold Mollet


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Teaser Architecture

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