Comment faire entrer les enfants dans la magie du grand ballet classique sans en trahir l’essence ? Avec Mon Premier Ballet : La Belle au bois dormant, Karl Paquette relève le défi en proposant une relecture accessible et exigeante de ce monument du répertoire, actuellement présenté au Théâtre Mogador.
La Belle au bois dormant : pour le jeune public d’aujourd’hui
Inspiré du chef-d’œuvre de Tchaïkovski et du conte de Charles Perrault, Mon Premier Ballet : La Belle au bois dormant s’appuie sur un livret finement adapté par Clément Hervieu-Léger, actuel administrateur général de la Comédie-Française. Cette réécriture, claire et pédagogique, structure le récit autour de trois vœux offerts à la princesse Aurore lors du prologue : la beauté, l’intelligence et la grâce.
La symbolique actualisée est bienvenue. Si la beauté demeure un attribut traditionnel du conte, l’intelligence apparaît comme un don particulièrement en phase avec les valeurs que l’on souhaite aujourd’hui transmettre aux petites filles, les invitant à se réaliser par la curiosité, la réflexion et l’autonomie. Quant à la grâce, elle s’impose comme une qualité essentielle dans l’univers de la danse, à la fois physique et expressive, donnant tout son sens au langage chorégraphique. De même, fort du travail enfin mené autour du consentement, le prince n’embrasse plus la belle endormie. Il se contente de se pencher sur elle. Son geste suffit à la réveiller.
Le récit demeure très lisible. L’ensemble est découpé en quatre actes, séparés par un entracte. L’articulation dramaturgique, portée par une narration en voix off, permet aux jeunes spectateurs de suivre l’intrigue sans difficulté. Elle donne une cohérence claire aux différentes variations qui s’effectuent sur le plateau.
Interprétation et féérie
La distribution, composée de danseurs à la technique assurée, donne chair à ce livret avec engagement et générosité. Philippine Flahault compose une Aurore vive et déterminée, dont la danse traduit aussi bien la jeunesse que l’assurance naissante du personnage. Les trois prétendants que la jeune fine découvre le jour de ses seize ans ont l’air bien pâlots face à sa volonté à n’en choisir aucun. Maxime Quiroga incarne avec élégance le Prince Désiré, fidèle à l’esprit de l’école française. Sa variation, pleine d’allant, à l’acte III convainc et séduit.
Karl Paquette, directeur artistique du projet, en Carabosse, apporte une tension dramatique salutaire, contrastant efficacement avec la bienveillance des fées. Ainsi déguisé, il traverse à un moment la salle, armé d’une lampe torche, pour le plus grand plaisir du jeune public, pris de frissons. Miyu Kawamoto interprète avec précision le rôle de la fée Lila. D’autres personnages viennent nourrir le conte originel. Trois Chats facétieux, un Oiseau Bleu, le Petit Chaperon rouge, ainsi que le Loup s’invitent sur scène pour le mariage. Olivia Lindon, à la belle élévation, incarne un Petit Chaperon rouge, joyeusement combatif, qui dompte le Loup et ses assauts, par son énergique détermination.
Si la clarté dramaturgique est indéniable, le choix d’un dispositif scénique épuré et le rythme parfois étiré de la seconde partie atténuent par instants la sensation de féerie. Le spectacle n’en demeure pas moins une introduction exigeante et intelligemment pensée au ballet classique, même si une dimension onirique plus affirmée aurait permis d’en renforcer encore l’enchantement. Une jolie idée clôt néanmoins le spectacle. Tous les personnages rentrent dans le grand livre de conte posé en avant scène. Un recueil que les enfants ne manqueront pas d’avoir envie de réouvrir.
Pensé comme une porte d’entrée vers le répertoire classique, Mon Premier Ballet : La Belle au bois dormant remplit pleinement sa mission grâce à la qualité de son interprétation et à l’intelligence de son adaptation. Si l’enchantement aurait parfois gagné à se faire plus audacieux, le spectacle n’en demeure pas moins une initiation précieuse et exigeante, capable de faire naître de futures vocations comme de raviver la curiosité des spectateurs avertis.
Les M de M La Scène : MMMMM
La Belle au bois dormant – Mon premier ballet
Théâtre Mogador
Fabrice Bourgeois Chorégraphies et mise en scène
Karl Paquette Direction artistique
La Troupe : Zoé Byl, Louise Camillo. Chiara Chapelet. Nicolas Doaré. Olivier Ducaillou. Louise Ducreux. Philippine Flahault. Léa Fouillé, Antoine Gamard, Margaux Gaudy-Talazac, Lien Geslin-Vinck, Maï Ishihara, Miyu Kawamoto. Emma Le Masson. Olivia Lindon. Florent Operto. Danaëlle Prévost, Maxime Quiroga, Julien Robert, Nicolas Rombaut. India Rose. Angelo Sibella. Romain Sirvent. Alexis Tutunnique. Lyria Van Moer.