L MMMM Déjà la nuit tombait conception Daniel Jeanneteau

(fragments de l'Iliade)

Fragments de Iliade © Mammar Benranou
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« Et l’homme chut dans la poussière »

Déjà la nuit tombait (fragments de l’Iliade). Entre danse et  performance théâtrale, au T2G, Daniel Jeanneteau propose un spectacle magnétique où le corps du danseur Thibault Lac sort des nimbes du passé pour happer celui du présent. En collaboration avec l’Ircam, une expérience sonore et sensorielle inédite.

L’Iliade, le texte d’Homère, ne cesse d’être questionné. Daniel Jeanneteau choisit de le fragmenter et de le vider de son onomastique mythique. Les noms ont disparu au profit d’un « il » anonyme et général. S’en suit une partition âpre qui rend aux autres mots leur force barbare. Combats sanglants, percements de chair, dépeçage d’humains, chaque phrase rythmée par le poids de chacun de ses mots en traduit la violence brute. La mythologie est abandonnée. Reste le chant rugueux d’un récit où « l’homme », sur le champ de bataille, transpercé de part en part, finit par choir dans la poussière. Porté par la voix de Laurent Poitrenaux, le texte haché, est projeté dans l’espace et devient un des éléments sonores qui nourrissent le moment théâtral.

Dans une quasi pénombre, debout ou assis à même le sol, les spectateurs reçoivent ces fragments vocaux dans un ensemble musical riche et fluctuant. Conçu en collaboration avec l’Ircam et les jeunes compositeurs Chia Hui Chen et Stanislav Makovsky, la scénographie sonore joue à créer des espaces d’émotions. Il s’agit d’une expérience musicale et sensorielle réellement inédite. 

Iliade Jeanneteau
Fragments d’Iliade (c) Mammar Benranou

Dans ce champ battu de sons et de terre, éclairé par les magnifiques lumières de d’Yves Godin, surgit un corps. Comme sorti des nimbes du passé. Celui d’un danseur, Thibault Lac, corps sculptural, corps de guerrier, aux gestes lents et à la présence redoutable. Il avance, inexorablement vers les spectateurs, passe entre entre eux, comme une menace silencieuse. Puis, il choisit un jeune homme ( Alex Bogousslavsky) dans la foule et l’attire dans l’espace de la danse et du combat. Le corps à corps sera souple et terrible.

Quand, sur la terre sèche, ne résonne plus que la vibration sourde qui suit le tumulte de la bataille, entrent un vieil et son âne. Ils frappent à la porte de notre imaginaire. L’antique Priam soulève le corps nu du danseur et, tout près de nous, lave sa peau couverte de poussière. La scène est d’une douceur sidérante. 

Daniel Jeanneteau, à travers cette exploration sensorielle et intime, parvient à faire ressentir la cruauté et la beauté d’un texte mythique que l’on croyait connaître. Fragments dIliade, éclats d’émotions.

Déjà la nuit tombait
(fragments de l’Iliade)

In Vivo Théâtre

 D’après la traduction d’Homère par Frédéric Mugler, éditions Babel – actes Sud
conception Daniel Jeanneteau
dans le cadre de ManiFeste – 2018
festival de l’Ircam

du 19 au 23 juin
mardi, mercredi, jeudi à 20h,
vendredi à 19h, samedi à 18h

https://www.theatre2gennevilliers.com/

M La Scène

 

 

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